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Surpopulation carcérale : les syndicats bloquent les prisons
Des dizaines d’établissements pénitentiaires sont paralysés ce lundi à l’appel d’un syndicat de surveillants, qui dénonce des conditions de détention devenues intenables.
L’Ufap-Unsa, organisation représentative du personnel pénitentiaire, a lancé une mobilisation d’envergure pour alerter sur la crise que traverse le système carcéral français. Selon les dernières informations communiquées par le ministère de la Justice, près d’un quart des prisons du territoire ont vu leur accès entravé en début de matinée. Le syndicat espérait une participation plus large, tablant sur une mobilisation dans la moitié des cent quatre-vingt-dix établissements du pays. FO Justice, principale organisation chez les surveillants, a choisi de ne pas se joindre au mouvement, jugeant son timing inopportun.
Des rassemblements significatifs ont été observés dans plusieurs régions, notamment à Bois-d’Arcy dans les Yvelines, à Lyon-Corbas ou encore à Villeneuve-les-Maguelone dans l’Hérault. Dans certains cas, les extractions de détenus ont été rendues impossibles. Dans les Hauts-de-France, le secrétaire général régional de l’Ufap-Unsa a fait état d’actions dans quatorze des dix-sept établissements de la région, dont onze totalement bloqués. À Beauvais, Amiens, Douai et Béthune, les entrées des prisons ont été fermées et des débrayages ont eu lieu.
Devant la maison d’arrêt de Rennes-Vezin, une quarantaine d’agents se sont rassemblés dès l’aube pour exprimer leur mécontentement. Le représentant local du syndicat a souligné que l’établissement breton affiche un taux de surpopulation de cent soixante-neuf pour cent et manque d’une quarantaine de personnels. Les surveillants et les directeurs d’établissement alertent depuis plusieurs mois sur un système pénitentiaire à bout de souffle. Le Conseil de l’Europe avait déjà dénoncé en janvier l’état des prisons françaises, les qualifiant de surpeuplées et souvent insalubres, et mettant en garde contre une dérive vers un simple entrepôt humain.
Les chiffres officiels confirment une aggravation continue de la situation. Au premier mars, le taux d’occupation global atteignait cent trente-sept virgule cinq pour cent, avec plus de quatre-vingt-sept mille détenus pour moins de soixante-trois mille cinq cents places. Un surveillant de la maison d’arrêt de Valenciennes a illustré cette réalité en précisant que son établissement accueille trois cent quatre-vingts prisonniers pour cent quatre-vingt-seize places. Il a estimé que le manque de temps consacré à chaque détenu entraîne inévitablement des dysfonctionnements, affectant tous les services, de l’insertion à la probation en passant par la comptabilité.
À Lyon-Corbas, un représentant syndical a déploré une recrudescence des violences entre détenus, expliquant qu’une personne seule dans une cellule de neuf mètres carrés peut vivre correctement, mais que trois personnes dans le même espace changent radicalement les conditions de vie. La France figure parmi les plus mauvais élèves en Europe, seule la Slovénie et Chypre présentant des taux de surpopulation plus élevés, mais avec des populations carcérales bien inférieures. Au rythme actuel d’environ deux cents nouveaux détenus par semaine, le seuil des quatre-vingt-dix mille incarcérés pourrait être franchi rapidement. Plusieurs syndicats redoutent une montée des tensions durant l’été, dans des cellules surpeuplées et mal isolées.
L’Ufap-Unsa dénonce également le manque chronique de personnel, évaluant à cinq mille le nombre de postes de surveillants non pourvus. Un projet de loi en préparation vise à lutter contre la surpopulation carcérale, notamment en mettant fin à la pratique des matelas posés au sol, qui concernait près de sept mille détenus au premier mars. Aucun calendrier précis n’a été communiqué pour son examen et son adoption. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s’est opposé à tout mécanisme de régulation carcérale, contrairement à ce qui existe en Allemagne où une entrée en détention peut être compensée par une sortie au-delà d’un certain seuil.
Le ministère de la Justice prévoit l’ouverture de trois mille places supplémentaires dans des prisons modulaires, dont la moitié dès deux mille vingt-sept. Ces structures, plus rapides et moins coûteuses à construire, sont destinées aux détenus en fin de peine ou condamnés pour de courtes durées. Moins d’un tiers des quinze mille places prévues dans un plan national lancé en deux mille dix-huit ont été livrées à ce jour. Le garde des Sceaux s’est félicité d’une augmentation des expulsions de détenus étrangers, mais les syndicats estiment que cette mesure ne concerne qu’un nombre limité de prisonniers et ne résoudra pas le problème de fond.
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