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L’IA prédit l’avenir en un clic, elle l’écoute depuis 40 ans

À 86 ans, Song Oh-soon est l’une des dernières voyantes aveugles de Séoul. Pendant que les algorithmes promettent l’avenir, elle continue d’écouter les…

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L'IA prédit l'avenir en un clic, elle l'écoute depuis 40 ans

À 86 ans, Song Oh-soon est l’une des dernières voyantes aveugles de Séoul. Pendant que les algorithmes promettent l’avenir, elle continue d’écouter les histoires humaines.

Elle ne voit pas. Pourtant, elle lit les destins depuis quatre décennies, dans le braille et dans la voix. Song Oh-soon vit dans le dernier village de diseurs de bonne aventure aveugles de la capitale sud-coréenne, à Mia. Sa méthode n’a rien à voir avec les applications qui crachent une prédiction en quelques secondes. Elle reçoit en face à face, consulte les Quatre Piliers du Destin inscrits en braille, et laisse surtout une oreille attentive faire son travail.

Dans son minuscule local, qui lui sert aussi de logement, le silence est souvent le seul visiteur. La communauté comptait autrefois 70 à 80 membres. Il en reste moins de 20. Beaucoup sont morts, laissant derrière eux des boutiques aux pancartes défraîchies. « Quand je sors me promener, c’est calme », confie la vieille dame. « Je me sens seule. » Ce métier l’a pourtant sauvée. Devenue aveugle enfant à cause d’une maladie, elle a commencé à apprendre la divination coréenne à 11 ans, puis a travaillé comme devineresse dès 16 ans. À l’époque, les personnes handicapées étaient exclues de la plupart des professions, surtout les femmes. Elle n’avait guère le choix. Elle a trouvé là une raison de vivre, et parfois d’en donner aux autres.

Les Sud-Coréens, eux, n’ont pas perdu le goût de l’avenir. Le secteur pèse encore plus de 1.400 milliards de wons. Ce qui a changé, c’est la manière de consulter. De plus en plus de gens se tournent vers l’IA et les sites qui délivrent une prédiction gratuite ou presque. La consultation chez Song Oh-soon coûte 50.000 wons (31 euros). Beaucoup de ses confrères sont introuvables sur internet. Alors les clients ne font plus le chemin jusqu’à Mia. La voyante ne croit pas à une perte d’intérêt. Elle pense simplement que les gens regardent désormais en ligne au lieu de pousser sa porte.

Pourtant, l’humain a encore sa place. Une professeure d’université de 44 ans, inquiète pour sa carrière, est passée longtemps devant le village sans oser entrer. Elle préférait l’IA. Jusqu’au jour où elle a téléphoné à Song Oh-soon. Cette femme lui a raconté son histoire, ses doutes, ses envies de tout laisser tomber. « Cela m’a fait du bien qu’une personne, pas une IA, se concentre sur mon histoire et l’écoute », a-t-elle expliqué. La vieille voyante dit avoir passé quarante ans à entendre des gens qui souffrent, qui doutent, parfois qui veulent mourir. Elle les a persuadés de continuer. Elle-même a un jour voulu mourir. Ce travail l’a retenue.

Elle reconnaît que sa tradition aurait dû s’emparer d’internet plus tôt pour survivre. Mais elle refuse de sombrer dans le pessimisme. Elle croit encore aux bonnes étoiles. Si l’on fait des efforts et des choix sages, dit-elle, la chance sourit trois fois dans une vie. Même quand le village se vide, même quand les écrans remplacent les visages, elle continue d’écouter. C’est sa manière à elle de voir l’avenir.

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