Économie
Les travailleurs français face à l’ombre des PFAS

Une enquête de l’INRS révèle une méconnaissance préoccupante de l’exposition professionnelle à ces substances chimiques persistantes, tandis que les outils de prévention peinent à suivre.
La protection des salariés contre les substances per- et polyfluoroalkylées, communément appelées PFAS, constitue un défi majeur pour les entreprises françaises. Une vaste étude menée par l’Institut national de recherche et de sécurité met en lumière les lacunes persistantes dans l’identification et la gestion de ces risques. Menée sur deux années auprès de centaines d’établissements, l’enquête souligne que plus de la moitié des répondants se considèrent non concernés, illustrant un déficit d’information criant.
La difficulté principale réside dans la traçabilité de ces composés. Les fiches de données de sécurité, documents réglementaires fournis par les fabricants, omettent fréquemment de signaler la présence de PFAS dans les produits ou les déchets. Cette opacité empêche les employeurs d’évaluer correctement les dangers et de mettre en œuvre des mesures de prévention adaptées. Les secteurs de la chimie, du textile, de l’automobile ou du traitement des déchets sont particulièrement concernés.
Les procédures de contrôle apparaissent insuffisantes au regard des enjeux sanitaires. Si la majorité des entreprises interrogées déclarent avoir une démarche d’évaluation des risques chimiques, celle-ci n’est que rarement spécifique aux PFAS. Leur diversité chimique et l’absence quasi générale de valeurs limites d’exposition professionnelle en Europe compliquent la surveillance. Seule une infime minorité d’établissements procède à des prélèvements atmosphériques ou biologiques pour mesurer la contamination.
La priorité absolue reste la substitution de ces substances, une voie déjà empruntée par certaines sociétés. Les experts alertent toutefois sur la nécessité d’éviter un remplacement par des composés aux toxicités similaires. Lorsque l’élimination n’est pas possible, le recours à des systèmes de ventilation, de filtration de l’air et, en dernier ressort, à des équipements de protection individuelle est préconisé. L’INRS travaille désormais au développement de méthodes analytiques fiables pour quantifier la présence de ces polluants dans l’environnement de travail et l’organisme des salariés, avec l’objectif de disposer de premiers outils opérationnels d’ici quelques années.

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