Monde
Les bus de Rio, cibles et barricades dans les conflits armés
Les chauffeurs et les usagers des transports publics de la métropole brésilienne subissent de plein fouet les violences liées au trafic de stupéfiants. Les véhicules sont régulièrement détournés et incendiés, paralysant la ville et plongeant des quartiers entiers dans un climat d’insécurité permanent.
À Rio de Janeiro, les autobus sont devenus des instruments et des victimes collatérales des affrontements qui opposent les forces de l’ordre aux organisations criminelles. Le récit d’un conducteur, contraint d’évacuer son véhicule sous la menace d’hommes armés avant de le voir réduit en cendres, illustre une réalité désormais banale pour de nombreux salariés du secteur. Ces actes de sabotage, qui visent à entraver l’action policière en créant des barricades ou à semer le désordre, se multiplient.
L’ampleur du phénomène est significative. L’année dernière, le nombre de bus utilisés pour bloquer des axes de circulation a plus que doublé, dépassant la barre des deux cent quarante. Cette stratégie de perturbation massive a des conséquences concrètes sur la vie économique et sociale de l’agglomération. Des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées dans l’impossibilité de se déplacer lors d’opérations policières d’envergure, provoquant des paralysies comparables à un couvre-feu diurne.
Pour les chauffeurs, l’exercice de leur métier s’apparente à un parcours à haut risque. Les agressions et les tentatives d’incendie sont fréquentes, générant un stress intense. Des centaines d’entre eux ont dû interrompre leur activité l’an dernier pour des raisons de santé mentale, allant jusqu’à subir des crises de panique. La peur d’être pris pour cible est désormais un compagnon de route, tant pour les professionnels que pour les usagers, dont beaucoup renoncent purement et simplement à emprunter les lignes de bus.
Cette crise de la mobilité affecte profondément les populations des zones périphériques, qui dépendent de ces transports pour rejoindre leur lieu de travail dans les quartiers centraux. L’impact est également sensible sur le système éducatif, des dizaines de milliers d’élèves ayant été empêchés de se rendre en cours à cause de l’insécurité sur les réseaux. Les autorités tentent de mettre en place des systèmes d’alerte préventive, mais la situation demeure extrêmement tendue, transformant certains secteurs de la ville en zones de non-droit où la circulation est régulièrement suspendue par la violence.
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