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Au Kazakhstan l’explosion d’une bonbonne ravive la peur du gaz

Zarina Guiyassova a vu des flammes dévorer ses collègues avant de perdre connaissance. Brûlée à 65%, elle survit à une explosion de gaz qui a tué douze…

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Au Kazakhstan l'explosion d'une bonbonne ravive la peur du gaz

Zarina Guiyassova a vu des flammes dévorer ses collègues avant de perdre connaissance. Brûlée à 65%, elle survit à une explosion de gaz qui a tué douze personnes et relance un problème majeur au Kazakhstan.

Ce soir de février, Zarina travaille en cuisine dans un restaurant de Chtchoutchinsk, dans le nord du Kazakhstan. Une bonbonne de gaz explose. Le feu se propage. Elle se souvient des cris et des corps enflammés avant de sombrer. À son réveil à l’hôpital, elle est bandée de la tête aux pieds, comme une momie. Mère célibataire de deux enfants, elle ignore aujourd’hui si elle pourra retrouver l’usage de ses mains ou simplement reprendre une vie normale. Les douleurs, dit elle, sont indescriptibles.

Ce drame n’est pas un cas isolé. Au Kazakhstan, plus d’un tiers des 20 millions d’habitants n’ont pas accès au gaz de ville. Ils utilisent des bonbonnes souvent très vieilles. Certaines datent des années 1970 ou 1980, fabriquées sous l’Union soviétique. Fin 2024, environ 350 000 bonbonnes de cette époque circulaient encore. Les accidents se multiplient. Des centaines de personnes ont été blessées ou tuées ces dernières années après des explosions. Dans ce restaurant désormais scellé, la carcasse calcinée rappelle le prix de cette précarité énergétique.

Pour les habitants qui n’ont pas d’autre choix, chaque ravitaillement est une épreuve. Iaroslav Voronov, vendeur dans un magasin d’électroménager, doit se rendre dans une station service. Il pèse sa bonbonne, vérifie les paramètres techniques, puis signe un document qui le rend seul responsable en cas de problème. Une formalité qui prend tout son sens quand on apprend que la station elle même a failli exploser deux semaines après le passage des journalistes. Certains, comme Erik Bekentaïev, ont abandonné le gaz pour l’électricité. Plus sûr, plus pratique, mais hors de prix pour la majorité. Et le réseau électrique, usé à 76% selon les autorités, ne supporterait pas une généralisation.

Face à cette situation, le gouvernement kazakh promet de construire des gazoducs pour raccorder 65% de la population d’ici 2030. La Russie voisine s’est engagée à aider via son géant Gazprom. Mais les obstacles restent immenses. Les distances sont gigantesques, le pays est cinq fois plus grand que la France, et la densité de population très faible. Sans viabilité économique, les projets peinent à démarrer. Ajoutez à cela les tensions géopolitiques entre la Russie et la Chine, toutes deux influentes au Kazakhstan. Même le président Tokaïev a dénoncé la lenteur dans la mise en service de nouveaux gisements de gaz, tandis qu’il restait silencieux après l’explosion de Chtchoutchinsk. En attendant, des milliers de Kazakhs continuent de vivre avec un certain degré de risque, comme le dit Iaroslav, et une bonbonne qui pourrait ne pas tenir le coup.

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