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Le PAM s’empare des législatives marocaines, les électeurs boudent les urnes

Le Parti authenticité et modernité vire en tête du scrutin avec 97 sièges sur 395, devant les partenaires de l’actuelle majorité. Mais ce succès se…

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Le PAM s'empare des législatives marocaines, les électeurs boudent les urnes

Le Parti authenticité et modernité vire en tête du scrutin avec 97 sièges sur 395, devant les partenaires de l’actuelle majorité. Mais ce succès se dessine sur fond de désaffection, avec la participation la plus faible depuis presque vingt ans.

Le Parti authenticité et modernité a pris la tête des élections législatives marocaines, décrochant 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants. Les résultats provisoires ont été présentés par le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit. Juste derrière, le Rassemblement national des indépendants, la formation du chef de gouvernement sortant Aziz Akhannouch, recule à 66 sièges, soit une trentaine de moins qu’en 2021. Le Parti de l’Istiqlal, autre pilier de la coalition au pouvoir, se hisse à la troisième place avec 65 sièges.

Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement signe la progression la plus marquante. L’islamiste, qui a fait campagne sur la lutte contre la corruption, quadruple sa représentation en passant de 13 à 54 sièges.

Le chiffre qui marque le plus reste pourtant ailleurs. La participation a plafonné à 38,08%, un niveau jamais vu depuis près de vingt ans. Derrière cette abstention massive, une défiance profonde envers la classe politique, alimentée par les inquiétudes autour du chômage et des inégalités. Le vote s’est tenu moins de deux mois après la crise migratoire de Ceuta, qui a exposé au grand jour le manque de perspectives d’une partie de la jeunesse. Le contraste est d’autant plus net que le royaume affiche une croissance solide et multiplie les chantiers d’envergure en vue du Mondial-2030, coorganisé avec l’Espagne et le Portugal.

Pour la chercheuse indépendante Lamia Elfehaim, le pari du Mondial-2030 coûte cher, et les sommes englouties dans l’événement détonnent avec les urgences du pays, des services publics défaillants à l’enclavement rural en passant par un chômage élevé. La crise de Ceuta n’a pas occupé le devant de la campagne, mais les frustrations qu’elle a révélées ont bel et bien infusé les débats. Majda Bakatir, 59 ans, ne s’est pas déplacée. Elle dit avoir perdu toute confiance dans les politiques et réclame un pays qui avance, un pays qui se soucie de la santé, de l’éducation et du pouvoir d’achat. Karim Ennaciri, 55 ans, préfère miser sur le rendez-vous électoral lui-même, convaincu qu’il dira si les partis savent se renouveler.

Le prochain chef du gouvernement sortira donc du PAM. Il ou elle sera nommé par Mohammed VI et devra bâtir une coalition pour cinq ans, même si les grandes orientations des secteurs stratégiques restent l’affaire du monarque. Le parti promet une croissance moyenne de 5% par an, une inflation contenue à 2% pour protéger le pouvoir d’achat et la création d’au moins un million d’emplois durant son mandat. Fondé en 2008 par Fouad Ali El Himma, aujourd’hui conseiller royal, il avait été pensé comme un contrepoids aux islamistes, avant que son fondateur ne s’en éloigne pendant le Printemps arabe, sous les accusations de vouloir imposer son hégémonie sur la vie politique.

Fouzi Lekjaa, ministre du Budget et figure familière du football national, a rejoint le parti pour renforcer son casting. L’autre visage du PAM est Fatima Ezzahra Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire et maire de Marrakech, que beaucoup voient devenir la première femme à diriger un gouvernement au Maroc. En face, Aziz Akhannouch a défendu son bilan jusqu’au bout, malgré les accusations de conflits d’intérêts liées à sa société Afriquia, poids lourd marocain de la distribution d’hydrocarbures.

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