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Le pain et les roses : la guerre des boulangers fait rage au sommet de l’État

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Entre démonstration de force et rivalité présidentielle, le Premier ministre et l’ancien chef du gouvernement se sont livrés à une bataille de symboles autour du travail le 1er-Mai.

Le 1er-Mai 2026 restera comme le théâtre d’une discrète mais réelle confrontation entre les deux figures montantes de la macronie. Tandis que Sébastien Lecornu achetait du pain en Haute-Loire, Gabriel Attal, lui, s’affichait derrière le comptoir d’une boulangerie de Vanves. Deux gestes, une même revendication : la défense des petits commerçants et de leur liberté d’ouvrir un jour férié. Mais derrière l’unité de façade, chacun cherche à marquer son territoire à quelques mois de l’échéance présidentielle.

Le gouvernement a récemment rejeté une proposition de loi portée par Gabriel Attal, qui visait à élargir la possibilité de travailler le 1er-Mai aux employés des magasins d’alimentation, des fleuristes et des institutions culturelles. L’exécutif a finalement resserré le dispositif aux seuls boulangers et fleuristes, sous réserve d’accords de branche. Un texte doit entrer en vigueur avant le 1er-Mai 2027, mais en attendant, le flou juridique persiste.

Dans ce climat d’incertitude, Sébastien Lecornu a tenu à montrer son soutien aux artisans en se rendant à Saint-Julien-Chapteuil. Accompagné de Laurent Wauquiez, chef des députés Les Républicains, il a acheté quatre baguettes pour un montant de 4,40 euros, avant d’échanger avec les commerçants locaux. Le Premier ministre a regretté que l’Assemblée nationale, « pas toujours bien facile », n’ait pas permis de légiférer pour clarifier le cadre juridique du travail le 1er-Mai.

De son côté, Gabriel Attal a choisi une mise en scène plus directe. Dans sa circonscription des Hauts-de-Seine, il est passé derrière le comptoir de la boulangerie « Les Toqués du pain » et a encaissé une cliente. Devant les journalistes, il s’est inquiété du sort des boulangers et fleuristes qui pourraient être sanctionnés pour avoir employé du personnel ce jour-là. « Ce serait un scandale s’il y avait des verbalisations », a-t-il déclaré, appelant à une amnistie dans le prochain projet de loi pour que les artisans ne paient pas « les pots cassés du flou juridique ».

Des contrôles de l’inspection du travail ont effectivement eu lieu dans plusieurs boulangeries et fleuristes, sans qu’aucun incident majeur ne soit rapporté. Une irrégularité a toutefois été constatée chez un commerçant en Isère, qui a reçu un appel téléphonique du Premier ministre en personne. L’exécutif assure qu’une solution législative sera trouvée si des amendes sont dressées, à condition que les conditions de volontariat et de double rémunération soient respectées.

Le débat sur le travail le 1er-Mai a pris une ampleur nationale ces dernières semaines. Jusqu’à présent, le cadre légal interdit aux commerçants d’employer du personnel ce jour-là, sauf s’ils travaillent seuls ou avec l’aide de leur famille. Le gouvernement a promis que les boulangers et fleuristes pourraient ouvrir avec leur personnel dès cette année, avant qu’un projet de loi ne formalise le dispositif à partir de 2027. Mais sans garantie absolue que l’inspection du travail, corps indépendant, ne les verbalise pas.

À Saint-Julien-Chapteuil, Laurent Wauquiez n’a pas manqué de souligner le rôle du Premier ministre dans cette avancée. « Il s’est beaucoup battu pour que ça puisse être ouvert le 1er-Mai », a-t-il lancé, en soutien à Sébastien Lecornu. Le dirigeant LR a ensuite accompagné le chef du gouvernement à un déjeuner avec une quinzaine d’artisans, où les échanges ont porté sur le travail et l’assistanat. Sébastien Lecornu y a apporté ses quatre baguettes, symbole d’une journée où le pain et les roses ont servi de décor à une rivalité politique discrète mais bien réelle.

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