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Le Mondial 2026 assombrit l’horizon des travailleuses du sexe à Mexico

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À l’approche de la Coupe du monde de football, des prostituées de la capitale mexicaine voient leurs conditions de travail se dégrader, entre aménagements urbains et pression des autorités.

Sur l’avenue Tlalpan, l’une des artères principales de Mexico menant au stade Azteca, Flor, 55 ans, observe avec amertume le déclin de son activité. L’installation récente d’une piste cyclable, réalisée dans le cadre des préparatifs du Mondial que le Mexique coorganise avec les États-Unis et le Canada, a réduit son espace de travail et éloigné la clientèle. « Même en me mettant en évidence, je n’y arrive plus », confie-t-elle, la poitrine découverte, sur cette voie où elle tente d’attirer les automobilistes.

Les travaux d’infrastructure destinés à accueillir les supporters venus du monde entier pour le match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud, le 11 juin, compliquent le quotidien des travailleuses du sexe. Monserrat Fuentes, 43 ans, évoque les risques d’accidents liés à la cohabitation avec les cyclistes, et déplore une indifférence des pouvoirs publics. « Le gouvernement se moque de notre avis », assure-t-elle. Les revenus chutent : l’une de ses collègues, qui souhaite garder l’anonymat, indique ne plus gagner que 40 dollars par nuit, contre plus de 160 dollars auparavant.

Pour Elvira Madrid, fondatrice de l’ONG Brigade de rue de soutien aux femmes, cette situation relève d’un « nettoyage social » visant à améliorer l’image du pays avant l’événement. Son organisation a organisé une manifestation sur cette même avenue pour dénoncer la marginalisation des prostituées. La capitale mexicaine compterait environ 15 000 travailleuses du sexe, sur un total de 800 000 à l’échelle nationale.

Lors de l’inauguration de la piste cyclable, la maire de Mexico, Clara Brugada, a reconnu que « la construction de pistes cyclables n’est pas facile » et a suscité « beaucoup de résistances ». Elle a toutefois affirmé que « l’avenue Tlalpan appartient à toutes et à tous ». Si la prostitution n’est pas pénalisée dans la capitale, aucune loi locale ne la reconnaît comme une activité rémunérée offrant des droits à celles et ceux qui l’exercent.

La mairie assure être en négociation avec les travailleurs du sexe, sans donner plus de détails. En 2025, l’adjoint César Cravioto avait évoqué dans la presse une proposition visant à « générer des droits pour les personnes qui se consacrent au travail sexuel », incluant des « codes de conduite, de tenue vestimentaire, d’horaires, pour ne pas affecter les riverains ». Mais le projet n’a pas abouti, et des rumeurs sur l’obligation de porter le maillot de l’équipe nationale ont circulé. « Moi, je viendrai comme d’habitude, normale », rétorque Flor.

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