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Le Canal du Midi à l’épreuve du climat qui déraille
Sécheresse, crues soudaines, tensions sur l’eau, le Canal du Midi subit de plein fouet le dérèglement climatique. Géré par Voies navigables de France, ce…


Sécheresse, crues soudaines, tensions sur l’eau, le Canal du Midi subit de plein fouet le dérèglement climatique. Géré par Voies navigables de France, ce chef-d’œuvre du XVIIe siècle doit concilier agriculture, tourisme et patrimoine.
Construit il y a plus de 350 ans pour relier Toulouse à la Méditerranée sans passer par le détroit de Gibraltar, le Canal du Midi est aujourd’hui un symbole du génie humain classé à l’Unesco. Mais cet ouvrage, qui alimente en eau près de 200 000 habitants et fait vivre toute une économie touristique et agricole, doit faire face à une réalité qui s’aggrave année après année. Les trois derniers étés ont été si secs que les réserves se sont vidées. En 2025, la navigation a même dû être arrêtée, faute d’eau suffisante. Selon les projections, le volume des cours d’eau de l’Aude devrait chuter de 30% dans les vingt prochaines années. Résultat, chaque goutte devient un enjeu collectif.
Aujourd’hui, la moitié de l’eau du réseau hydraulique du canal sert à irriguer les terres agricoles. Les gestionnaires publient un bilan hydrologique tous les quinze jours pour tenter de gérer au mieux cette ressource de plus en plus rare. Le lac de Saint-Ferréol, créé en 1672 par l’ingénieur Pierre-Paul Riquet, peut contenir sept millions de mètres cubes. Mais cela ne représente que 20% de l’approvisionnement du canal. Le reste provient du fleuve Aude, pompé en aval de Carcassonne. Problème, l’Aude dépend des neiges pyrénéennes et des pluies, deux sources que le changement climatique rend très irrégulières. Quand l’Aude souffre, le Canal souffre.
Mais le trop-plein d’eau est aussi un danger. Des orages violents déversent des quantités énormes en quelques heures sur une voie qui n’a pas d’écoulement naturel. Il faut alors réagir vite pour éviter l’effondrement des berges. Les équipes coupent certaines alimentations et ferment les portes de garde qui isolent le canal des fleuves côtiers. En 2019, à Trèbes, un débordement avait failli toucher une maison de retraite, qui a dû être évacuée. Le risque est bien réel.
Le tourisme, lui, doit s’adapter. Castelnaudary, capitale du cassoulet, réalise 900 000 nuitées par an grâce au canal. Les visiteurs viennent admirer les paysages et pédaler le long du chemin de halage. Mais sous une chaleur de 37°C, plus personne ne circule. Le directeur de l’office du tourisme local le dit clairement tout s’arrête au-dessus de 40°C. Il faudrait selon lui arrêter la navigation en plein été et inciter les touristes à venir au printemps et en automne. Une désaisonnalisation qui devient une nécessité.
Même la flore et la faune changent. Là où les bateaux circulent moins, des plantes aquatiques envahissantes colonisent les berges. Pour les contrôler, des opérations de faucardage sont organisées régulièrement. Le Canal du Midi, stress-test grandeur nature de notre capacité à partager l’eau, montre que le passé ne suffit plus. Il faut inventer un avenir commun, entre agriculture, tourisme et patrimoine, sous un ciel qui ne promet rien de bon.
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