Monde
Le Charles-De-Gaulle et ses marins de retour après 166 jours de mission intense
Cinq mois et demi en mer, du Grand Nord au détroit d’Ormuz, le porte-avions et son équipage ont enfin retrouvé Toulon. Un retour attendu, au terme d’un…


Cinq mois et demi en mer, du Grand Nord au détroit d’Ormuz, le porte-avions et son équipage ont enfin retrouvé Toulon. Un retour attendu, au terme d’un déploiement exceptionnel marqué par la guerre et des conditions extrêmes.
Samedi, les derniers Rafale ont été catapultés depuis le pont du Charles-De-Gaulle pour regagner la terre ferme. Une haie d’honneur s’est formée, signe que la boucle était bouclée. Dans les coursives du navire amiral, l’ambiance changeait du tout au tout. Fini le rythme effréné des opérations, place au rangement et au nettoyage avant l’arrivée à quai. « On est tous contents de rentrer à la maison », lâche Oriana, une jeune « chien jaune » de 26 ans chargée de guider les avions sur le pont. Elle le dit sans détour : les trois dernières semaines ont été « hard ». Pourtant, elle se sent utile. « Je me suis engagée pour ça. Mais là, j’en ai marre. » Un sentiment partagé par beaucoup, après 166 jours de mer, du gros temps, deux changements de zone d’opération et une prolongation de mission.
Le capitaine de vaisseau Edouard, sous-chef opérations, souligne l’exceptionnel de ce déploiement. « Dans une vie de marin, ce n’est pas si fréquent. » Parti le 27 janvier, le groupe aéronaval devait d’abord participer à l’exercice Orion puis montrer la présence de l’OTAN en Scandinavie. Mais le déclenchement de la guerre en Iran a tout changé. Le 3 mars, ordre est donné de foncer vers la Méditerranée orientale. Résultat : 6 000 kilomètres parcourus en six jours, tout en continuant les vols et en ravitaillant les frégates. « On était parti pour faire acte de présence dans le Grand Nord, on n’avait pas prévu de rentrer dans un conflit », reconnaît l’enseigne de vaisseau Matthieu, pilote de Rafale. Pendant deux mois, lui et ses collègues ont volé de la mer Noire à l’Irak, en passant par la Syrie et le canal de Suez.
Le 6 mai, le porte-avions franchit ce canal vers la mer d’Arabie. Objectif : appuyer l’initiative franco-britannique pour sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz, alors que les tensions entre Iran, États-Unis et Israël bloquent le trafic. « C’est la redécouverte de ce qu’on appelle la diplomatie navale », explique le contre-amiral Thibault de Possesse. Pour lui, la simple présence du groupe aéronaval « modifie le calcul des acteurs locaux ». Mais ce passage a aussi son revers. Pour Donovan, technicien moteur Rafale, traverser Suez a « mis un petit coup au moral », car le navire était censé rentrer. Le commandant Thomas Puga rappelle la règle : « On sait quand on part, on sait jamais quand on rentre. Notre métier, c’est de tenir dans la durée, dans la distance, dans le climat. » Et les écarts sont violents : plus de 70 degrés sur le pont en mer Rouge, contre -4 dans l’Atlantique Nord. Pour Oriana, le froid, « on peut se couvrir ». Mais la chaleur, avec les manches longues et le casque, « c’était dur ». Un soulagement partagé, alors que le Charles-De-Gaulle a regagné son port d’attache.
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