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Ils traversent le Limpopo sur une corde, entre crocodiles et violence

Chaque jour, des centaines de migrants risquent leur vie pour passer du Zimbabwe en Afrique du Sud. Mais la vague xénophobe qui frappe le pays les force à…

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Ils traversent le Limpopo sur une corde, entre crocodiles et violence

Chaque jour, des centaines de migrants risquent leur vie pour passer du Zimbabwe en Afrique du Sud. Mais la vague xénophobe qui frappe le pays les force à reprendre le chemin inverse.

Sur les berges du Limpopo, un homme tire sur une corde tendue entre les deux rives. Quelques minutes plus tard, un groupe a posé le pied en Afrique du Sud, sans passeport ni contrôle. Le fleuve est large, infesté de crocodiles, et les radeaux de fortune n’inspirent pas confiance. Pourtant, cette traversée est devenue monnaie courante à quelques kilomètres du poste-frontière de Beitbridge. Quand une patrouille arrive enfin, les clandestins ont déjà disparu dans les buissons d’épineux. La frontière est si poreuse que les autorités avouent leur impuissance. Des portions entières ne sont même pas clôturées.

À 20 kilomètres de là, dans la ville sud-africaine de Musina, un camp de transit accueille ceux qui fuient dans l’autre sens. Sous des tentes de bâche blanche, des familles entières s’entassent sur des matelas en mousse. Des enfants courent entre les bagages. Munyai Tungamirai et sa femme Patricia Nhamo ont traversé le Limpopo en 2024, payant 20 dollars à un passeur. « C’était risqué, mais je devais nourrir ma famille », raconte cet homme de 42 ans. Il avait trouvé un boulot dans une orangeraie. Jusqu’au jour où les appels au départ des sans-papiers ont enflé dans le pays. Son employeur, terrifié à l’idée d’une amende, l’a licencié sur-le-champ. Aujourd’hui, le couple espère revenir un jour, avec des documents en règle cette fois.

Leonard Moyo, lui, ne veut plus entendre parler de l’Afrique du Sud. Arrivé en 2010 avec une bourse, il y a fondé une famille, travaillé dans le bâtiment. Mais les violences xénophobes ont tout balayé. « Ils ne nous aiment pas, dit-il en serrant un vieil écran d’ordinateur, l’un de ses seuls biens sauvés. Je préfère mourir chez moi. » Depuis le 7 juin, près de 46 000 migrants sont passés par Beitbridge, renvoyés volontairement ou expulsés. La majorité viennent du Malawi. Au total, plus de 60 000 étrangers ont quitté le pays. Les autorités le reconnaissent : beaucoup pourront revenir facilement, en empruntant ces points de passage informels qui échappent à tout contrôle.

Veronica Magaya, 32 ans, attend le bus avec ses deux enfants. Elle avait quitté le Zimbabwe en 2018 avec un visa en règle, travaillait comme employée de maison. Renvoyée du jour au lendemain, elle a passé une nuit glaciale avant d’atteindre le camp de Musina. « Je suis contente parce que je rentre à la maison en vie », souffle-t-elle. Son visa a expiré pendant le Covid, une période où renouveler ses papiers était un véritable parcours du combattant. « J’ai trop souffert. Je ne veux plus jamais revenir dans ce pays, même pour une journée. » Pendant ce temps, sur la rive du Limpopo, d’autres hommes tirent déjà sur la corde, prêts à tenter leur chance dans l’autre sens.

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