Culture
Le Ballet national du Japon s’offre une première historique à Londres


La prestigieuse troupe nippone investit le Royal Opera House avec une version épurée de « Giselle », sous la direction artistique de l’ancienne étoile Miyako Yoshida.
L’événement marque une étape symbolique pour la culture japonaise. Le Ballet national du Japon, fondé en 1997, s’apprête à fouler pour la première fois les planches du Royal Opera House, du 24 au 27 juillet. Ce rendez-vous londonien, né d’un concours de circonstances diplomatiques, consacre trois décennies d’efforts pour imposer la danse classique nippone sur la scène internationale.
Tout commence en 2022 lorsque le Royal Ballet, après avoir annulé la venue du Bolchoï pour protester contre l’invasion russe en Ukraine, propose à Miyako Yoshida de prendre le relais. L’ancienne étoile du Royal Ballet, première Japonaise à avoir atteint ce rang en 1995, dirige depuis 2020 la compagnie nationale. « C’était inattendu, presque trop tôt », confie-t-elle, évoquant les défis logistiques et artistiques d’une telle entreprise.
Le choix s’est porté sur « Giselle », chef-d’œuvre du répertoire romantique créé en 1841. Plutôt qu’une reconstitution académique, Miyako Yoshida a opté pour une interprétation épurée, recentrée sur l’intensité dramatique de cette histoire d’amour tragique. « Il fallait rendre cette œuvre accessible aux jeunes générations », explique-t-elle, soulignant la collaboration avec le chorégraphe Alistair Marriott pour moderniser la gestuelle sans trahir l’esprit originel.
Cette tournée représente bien plus qu’une simple représentation. Pour les 75 danseurs de la troupe, majoritairement formés au Japon, c’est l’occasion de se confronter aux exigences des grandes scènes occidentales. Trois d’entre eux, promus « principal dancers » à Londres, incarnent cette nouvelle génération d’artistes asiatiques qui bousculent les hiérarchies traditionnelles du ballet mondial.
Au-delà de l’enjeu artistique, Miyako Yoshida y voit une vitrine essentielle. « Notre ambition est de montrer que le Japon compte désormais parmi les nations de la danse classique », affirme-t-elle. Un pari audacieux, alors que la compagnie n’avait jusqu’ici performé qu’aux États-Unis et à Moscou. Le public londonien, réputé exigeant, jugera si cette « Giselle » revisitée parvient à concilier tradition nippone et héritage romantique européen.





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