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La colère des juges français gronde après le drame Lyhanna et vise le ministre de la Justice

Gérald Darmanin est accusé par les magistrats de les avoir livrés à l’opinion publique. Son attitude aggrave une défiance déjà historique au sein de la…

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La colère des juges français gronde après le drame Lyhanna et vise le ministre de la Justice

Gérald Darmanin est accusé par les magistrats de les avoir livrés à l’opinion publique. Son attitude aggrave une défiance déjà historique au sein de la profession.

Vendredi matin, le ton est monté d’un cran à la Chancellerie. Le principal syndicat de magistrats, l’USM, qui représente 60% de la profession, a littéralement dézingué le garde des Sceaux. Dans un texte transmis à l’AFP, le syndicat estime que Darmanin a « perdu la confiance » des juges pour les avoir « jetés en pâture à la colère, légitime mais toujours mauvaise conseillère ». Les représentants des magistrats vont même plus loin en posant la question de la responsabilité politique du ministre. Celui-ci est pourtant absent de la réunion, ce qui n’empêche pas les critiques de pleuvoir.

Le message est le même côté palais de justice. Peimane Ghaleh-Marzban, le président du tribunal de Paris, prend la parole en ouverture d’un séminaire trois heures après cette réunion tendue. Sans hausser le ton, il appelle à protéger l’indépendance des magistrats et met en garde contre des « propositions empreintes de simplicité et d’à peu près » sur leur responsabilité. Il dénonce surtout « le retard des pouvoirs publics à doter enfin la France d’une justice en mesure de remplir » ses missions. Un constat qui rejoint celui des deux plus hauts magistrats du pays, Rémy Heitz et Christophe Soulard, qui avaient déjà alerté la veille contre cette « mécanique du bouc émissaire » et parlé d’une « crise systémique » dans la protection de l’enfance.

Le syndicat ne s’arrête pas là. Dans son texte, le secrétaire général adjoint de l’USM, Aurélien Martini, cingle directement Darmanin : « Certains ont pu voir dans votre conduite le seul souhait de vous protéger et d’éviter que soit questionnée votre responsabilité comme garde des Sceaux mais également antérieurement comme ministre de l’Intérieur. » Et d’ajouter : « La responsabilité des magistrats n’est pas taboue, la vôtre non plus. » Le ministre, lui, refuse toujours de démissionner. Il estime que les dysfonctionnements viennent d’une mauvaise exécution de ses directives. Mais pour les magistrats, le problème vient d’ailleurs. L’USM pointe le manque chronique de moyens : « nos moyens, vos directives, notre environnement institutionnel et juridique ne permettent pas à l’institution de prévenir de telles situations. Il y aura d’autres drames. » En France, il y a quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne. Avant même la fin de l’enquête administrative, Darmanin a annoncé des sanctions contre une substitut de la procureure d’Auch après un pré-rapport qui pointait des dysfonctionnements graves. Une décision qui passe mal. Le syndicat prévient : « il y aura des boucs émissaires, nous l’avons compris ». Mais il promet aussi de ne pas lâcher le ministre sur sa propre responsabilité.

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