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L’archipel cubain, à bout de souffle, trouve un appui dans ses sanctuaires

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_**Alors que l’État peine à assurer les services essentiels, les institutions religieuses deviennent des acteurs sociaux incontournables, palliant les carences d’un système en crise.**_

Devant l’église Santa Cruz de Jérusalem, à La Havane, des files d’attente se forment régulièrement. Des dizaines de personnes, souvent âgées, espèrent y recevoir des traitements pharmaceutiques, une denrée devenue rare dans les officines publiques. Cette distribution, organisée deux fois par semaine, fonctionne sur la base de dons provenant de l’étranger et s’effectue sur présentation d’une ordonnance. Pour de nombreux Cubains, cette initiative constitue l’unique alternative face à la pénurie de médicaments dans le réseau étatique et aux prix prohibitifs du marché parallèle.

Cette scène illustre une réalité plus large. L’île traverse une période économique extrêmement difficile, marquée par des pénuries chroniques d’électricité, de nourriture et de produits de première nécessité, ainsi qu’une inflation galopante. Dans ce contexte, les Églises, qu’elles soient catholiques ou protestantes, ont vu leur rôle social se consolider, comblant progressivement les lacunes laissées par un État dont les capacités d’intervention s’amoindrissent.

L’engagement des congrégations dépasse largement le cadre de la distribution de médicaments. Dans le quartier de La Vibora, l’église baptiste Nazareth propose, après les offices, des repas chauds et des consultations médicales à des centaines de personnes, principalement des retraités aux ressources modestes. Ce qui n’était au départ qu’une aide ponctuelle pour quelques dizaines de bénéficiaires s’est transformé en un service vital pour une population toujours plus nombreuse, reflétant l’aggravation des conditions de vie sur l’île.

Cette montée en puissance des institutions religieuses dans le domaine social s’inscrit dans une évolution historique. Après des décennies de relations tendues avec le pouvoir révolutionnaire, qui avait nationalisé leurs œuvres dans les années 1960, les Églises ont retrouvé une certaine marge de manœuvre depuis la fin de l’athéisme d’État. Les crises économiques successives ont accéléré ce mouvement, conduisant même les autorités à leur confier la gestion de certaines aides humanitaires internationales.

Pour les responsables religieux sur le terrain, cette mission représente un défi quotidien. L’approvisionnement en denrées et en médicaments, dépendant largement de la générosité de donateurs locaux ou de la diaspora, reste précaire. Les coupures de courant fréquentes et la flambée des prix compliquent davantage l’organisation de ces services d’assistance. Malgré ces obstacles, ces initiatives offrent un répit tangible à une partie de la population, soulignant la transformation profonde du paysage social cubain où la foi et la solidarité tentent de colmater les brèches d’un État en difficulté.

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