Économie
La révolution verte du ciment français prend forme

Un projet industriel d’envergure vise à capter et stocker sous la mer Méditerranée les émissions carbonées de la plus grande cimenterie hexagonale, marquant une étape décisive dans la transformation écologique du secteur.
L’établissement Vicat de Montalieu-Vercieu, fleuron industriel implanté en Isère depuis près d’un siècle, s’apprête à vivre une métamorphose sans précédent. Ce site classé parmi les cinquante installations les plus émettrices de dioxyde de carbone en France ambitionne d’atteindre le statut d’unité zéro émission d’ici 2030. Le plan prévoit la capture du CO2 généré par ses activités pour le transporter via un gazoduc reconverti, puis l’injecter dans des réservoirs géologiques au large des côtes italiennes.
Baptisée « Rhône décarbonation », cette initiative mobilise un consortium d’acteurs énergétiques et industriels autour d’un investissement estimé entre un et 1,5 milliard d’euros. L’originalité du dispositif réside dans sa capacité à valoriser des infrastructures existantes, notamment un conduit de trois cents kilomètres et un terminal méthanier situé à Fos-sur-Mer. Le projet permettrait d’acheminer annuellement jusqu’à quatre millions de tonnes de CO2, dont 1,2 million provenant directement de la cimenterie iséroise.
Cette démarche s’inscrit dans une nécessaire adaptation aux nouvelles contraintes réglementaires européennes, qui imposeront dès 2031 une réduction substantielle de l’empreinte carbone des matériaux de construction. Les responsables du groupe Vicat soulignent l’importance stratégique d’une mise en service rapide, condition indispensable pour bénéficier d’un avantage concurrentiel sur le marché des ciments bas carbone. La décision d’investissement finale est attendue pour fin 2027, avec un objectif opérationnel fixé à 2030.
Les experts considèrent le captage et stockage du carbone comme une solution incontournable pour les industries lourdes, à l’instar des cimenteries qui représentent sept pour cent des émissions mondiales de CO2. La zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, deuxième pôle industriel français par son impact environnemental, participe activement à cette mutation en accueillant de nombreux projets de décarbonation. Certains observateurs pointent néanmoins le paradoxe énergétique que soulève le transport massif de dioxyde de carbone, nécessitant lui-même une consommation substantielle de ressources.

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