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La revanche des abris de jardin

Autrefois reléguées aux tondeuses et aux pots de peinture, les cabanes de jardin sont devenues de véritables refuges personnels. Parfois, elles…

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La revanche des abris de jardin

Autrefois reléguées aux tondeuses et aux pots de peinture, les cabanes de jardin sont devenues de véritables refuges personnels. Parfois, elles transforment même une vie, comme celle de Peter McLaughlin.

Entrez dans la cabane de Peter McLaughlin et vous serez saisi par le bruit. Les pistons s’activent, la vapeur s’échappe en volutes blanches, un sifflet déchire l’air. À 68 ans, ce passionné de bateaux à vapeur a reconstitué une véritable salle des machines de navire au fond de son jardin londonien. Il s’installe dans un fauteuil de capitaine, à côté de l’énorme chaudière qu’il surnomme « la Bête ». Ce lieu, dit-il, lui a sauvé la vie. Peter McLaughlin a été poseur de câbles jusqu’à ce que des problèmes de santé l’obligent à s’arrêter à 50 ans. Près de vingt ans plus tard, sa cabane fait partie des 38 constructions sélectionnées pour le concours « Cabane de l’année » 2026, dont c’est la 20e édition. Un concours qui ne cesse de gagner en popularité.

Andrew Wilcox, le fondateur du concours, observe depuis longtemps ce glissement. Pendant des années, ces abris n’ont servi qu’à stocker tondeuses rouillées, vélos cassés et vieux pots de peinture. Désormais, ils se transforment en sanctuaires personnels, et des centaines de créateurs y participent dans tout le Royaume-Uni. Pour suivre le mouvement, le concours a créé des catégories comme « havre écolo », « pub » ou « atelier/studio ». Cette année, la cabane gagnante est un espace de jeux de type wargames, construit par un groupe d’amis du Lancashire.

L’histoire de Peter McLaughlin est marquée par un attachement aux objets industriels. Dans sa cabane, une odeur d’huile et de charbon flotte en permanence. Le sol est couvert de pompes, moteurs, horloges, manomètres et autres pièces liées à la vapeur. Certaines ont été trouvées en ligne, d’autres récupérées sur ses anciens lieux de travail, comme la célèbre centrale électrique de Battersea à Londres, démantelée dans les années 1980. Il explique qu’il ramassait des choses partout où il allait, refusant de les voir disparaître. Cette cabane est si importante à ses yeux qu’après une opération chirurgicale délicate, il a demandé de ses nouvelles dès son réveil.

Ce goût pour les cabanes de jardin est ancré dans la culture britannique. George Bernard Shaw et Roald Dahl y ont écrit des œuvres majeures. La cabane de Shaw était même montée sur un pivot pour suivre le soleil. Au musée du centre de l’Angleterre consacré à Roald Dahl, une réplique grandeur nature de son abri montre où il a imaginé « Charlie et la chocolaterie ».

Dans un autre registre, la cabane de Steven Fraser a pris des allures de pub. Ce facteur de 47 ans, installé près de Liverpool, a transformé son abri en lieu de rendez-vous pour ses amis d’enfance. Le « Fraser Arms », un espace de six mètres sur deux, est décoré de photos souvenirs du sol au plafond. Aujourd’hui pères de famille, ces hommes ont remplacé les virées en ville par des soirées au fond du jardin. Un tournoi de fléchettes, une fête de Noël et une soirée Oktoberfest rythment leur année. Tout se passe dans la bonne humeur, sans disputes, juste de la musique et des amis.

Le phénomène ne s’arrête pas aux cabanes privées. Les « cabanes pour hommes » se multiplient, installées dans d’anciens bâtiments industriels ou salles paroissiales. Des hommes souvent âgés s’y retrouvent, se font des amis et partagent des savoir-faire comme la menuiserie. Pour Alex Johnson, auteur du livre « The Philosophy of Sheds », ces espaces agissent comme des refuges antistress. On s’y retire dans un monde entièrement façonné selon ses envies, sa déco, sa musique, son rythme. Sa propre cabane, toute modeste, lui a même permis de développer une newsletter et un blog suivis dans le monde entier. Son credo est simple. Une cabane est un petit paradis, le seul endroit où l’on peut être soi-même.

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