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La peur s’invite dans les urnes colombiennes

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À Suarez, dans le sud-ouest de la Colombie, la population vit sous la menace constante des guérillas et des groupes criminels. À la veille de l’élection présidentielle, les habitants espèrent un dirigeant capable de leur rendre la tranquillité.

José Moran, dirigeant communautaire de 73 ans, décrit une angoisse quotidienne. En se rendant au centre de réunions de son village, il a découvert le toit en tôle éventré par une attaque de drone chargé d’explosifs. Ces frappes sont devenues fréquentes dans la commune de Suarez, située dans le département du Cauca.

La Colombie traverse actuellement la pire vague de violences de la dernière décennie. Des dirigeants locaux sont assassinés, des civils périssent dans des attentats, l’armée et la police sont régulièrement visées. L’an dernier, un candidat à la présidence a été tué sur une place publique. C’est dans ce climat que les 34 000 habitants de Suarez devront choisir le successeur de Gustavo Petro, premier président de gauche du pays, dont les négociations de paix avec les groupes armés ont échoué.

José Moran observe les conséquences sur les enfants. Dès qu’ils entendent un hélicoptère ou un bruit inhabituel, ils crient que la guerre arrive. Ils sont traumatisés, dit-il avec tristesse.

Entourée de montagnes brumeuses et de végétation tropicale, Suarez se trouve près d’une base militaire régulièrement attaquée par des guérilleros dissidents qui ont rompu l’accord de paix signé en 2016 avec les Farc. La population, majoritairement afro-descendante et indigène, subit la menace constante de l’organisation dirigée par le guérillero le plus recherché du pays. Plusieurs bandes criminelles s’affrontent dans la zone pour le contrôle de l’exploitation minière illégale et du narcotrafic, la Colombie étant le premier producteur mondial de cocaïne.

Nous sommes coincés au milieu, déplore José Moran.

L’élection de dimanche oppose deux visions radicalement différentes pour mettre fin à un conflit armé vieux de six décennies. Le sénateur de gauche Ivan Cepeda, favori des sondages, veut poursuivre la politique de paix totale de Petro, jugée trop clémente par l’opposition. Son principal rival, l’avocat de droite Abelardo de la Espriella, promet au contraire une main de fer contre les organisations criminelles et propose de supprimer le tribunal issu de l’accord avec les Farc.

Quel que soit le vainqueur, Flor Valencia espère qu’il apportera un peu de paix et de tranquillité. Cette employée d’école raconte que lorsque les explosions commencent, on a envie de pleurer de désespoir et que les enfants ont très peur. Elle essaie de protéger ses élèves des balles.

L’année dernière, Suarez a subi 77 attaques à l’explosif et au drone, visant surtout la base militaire et le commissariat, mais touchant aussi des civils, affirme le maire César Ceron. La violence est hors de contrôle, ajoute-t-il.

Dans un hôtel situé en face du commissariat, les employés sont désespérés par les attentats à la voiture piégée et aux drones. La gérante, Tania Cervantes, explique que les touristes, effrayés par la violence, refusent de séjourner chez eux. Elle implore que la paix arrive.

C’est à Suarez qu’est née Francia Marquez, vice-présidente de Petro et lauréate du prix Goldman. Elle a survécu à une attaque au fusil et à la grenade en 2019 après s’être opposée à l’exploitation minière.

Pour le maire, le prochain président doit garantir une sécurité totale. Il estime toutefois que la paix ne s’obtient pas seulement par la force militaire, mais aussi par des politiques sociales offrant des garanties économiques aux familles.

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