Société
La mairie de Molène, un fauteuil qui ne trouve pas preneur

À quelques jours de la clôture des dépôts de listes, l’île bretonne de Molène, dans le Finistère, se trouve confrontée à une situation inédite. Aucune candidature ne s’est encore manifestée pour les prochaines élections municipales, suscitant l’inquiétude quant à l’avenir de cette petite commune insulaire.
L’actuel édile, Didier Delhalle, qui quittera ses fonctions pour des raisons personnelles au mois de mars, ne cache pas son amertume. Après avoir été le seul à se présenter en 2020, il constate aujourd’hui l’absence totale de volontaires pour lui succéder. Il redoute une transformation profonde de l’île, évoquant le risque de la voir se muer en une sorte de parc d’attractions, vidée de ses services publics et de sa substance communale.
La fonction de maire dans cette localité de 184 habitants représente un engagement particulièrement exigeant, sollicitant l’élu à toute heure. La gestion des conflits de voisinage constitue souvent la partie la plus délicate du mandat. Un changement législatif récent, imposant le scrutin de liste dans les communes de moins de mille habitants pour favoriser la parité, est perçu par certains comme un obstacle supplémentaire dans un contexte où le vote portait traditionnellement sur des personnalités individuelles.
À moins de trois semaines de la date limite, l’appréhension semble l’emporter parmi les potentiels candidats. Les habitants évoquent tour à tour la crainte de l’inconnu, la lourdeur de l’investissement ou les tensions que peut générer une fonction exposée. Les commerçants, quant à eux, s’interrogent sur les implications pratiques, redoutant une confusion entre leur activité professionnelle et des responsabilités administratives annexes.
Cette situation n’est pas totalement isolée, plusieurs dizaines de communes s’étant déjà retrouvées sans candidat lors de scrutins précédents. Pour Molène, les conséquences pourraient être significatives. En l’absence d’une liste, une délégation spéciale nommée par le préfet assurerait l’intérim. À plus long terme, un rattachement à une commune continentale voisine est une hypothèse envisagée par les autorités préfectorales.
Une telle perspective remettrait en cause le statut fiscal unique de l’île, qui, avec celle de Sein, est exemptée de cadastre et d’impôts locaux. Si certains résidents permanents, attachés à leur rocher, affichent une forme de sérénité, d’autres, notamment parmi les plus jeunes, s’alarment des risques de perte d’autonomie et de blocage des projets pour l’avenir.
Une ultime réunion de mobilisation est prévue le 19 février, dans l’espoir de susciter des engagements de dernière minute. L’initiative, portée par des habitants, vise à créer un sentiment d’urgence pour convaincre les hésitants. Le pari est audacieux, et beaucoup s’attendent à ce que le futur maire, s’il ou elle se présente, le fasse par devoir plus que par ambition. L’enjeu, pour cette communauté insulaire, est de préserver son identité et sa capacité à décider de son propre destin.

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