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La justice turque invalide la direction du principal parti d’opposition, le chef appelle à la résistance

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Des milliers de personnes ont manifesté vendredi soir à Ankara et Istanbul pour dénoncer la décision d’un tribunal invalidant l’élection de la direction du Parti républicain du peuple (CHP), une mesure perçue comme une nouvelle attaque contre l’opposition en Turquie.

Un tribunal d’Ankara a annulé jeudi le scrutin ayant porté à la tête du CHP, en novembre 2023, l’actuelle direction proche du maire emprisonné d’Istanbul, Ekrem Imamoglu. La décision, fondée sur des irrégularités électorales, a confirmé le retour de Kemal Kiliçdaroglu, ancien dirigeant désormais qualifié de « traître » par ses adversaires. Cette formation, la plus ancienne du pays héritée de Mustafa Kemal Atatürk, subit une pression judiciaire croissante depuis sa large victoire aux élections locales de 2024.

Les responsables du parti ont immédiatement contesté ce verdict auprès de la Commission électorale turque, mais leur recours a été rejeté vendredi. Ils réclament désormais la tenue d’un nouveau congrès dans les plus brefs délais. À l’appel d’Özgür Özel, actuel président du CHP, des milliers de citoyens ont convergé vers le siège du parti à Ankara, scandant « Ils partiront, nous resterons ». « Nous allons souffrir, nous allons lutter, mais nous tiendrons bon. Nous redeviendrons l’espoir de cette nation », a-t-il promis, exhortant tous ceux qui aiment leur pays à résister et à réécrire l’histoire.

Devant une foule brandissant des drapeaux rouges aux couleurs de la Turquie, Özel a dénoncé une manœuvre du président Recep Tayyip Erdogan. « Il voit bien qu’il ne remportera plus d’élection. Il veut laisser le peuple sans candidat, sans parti, sans direction et sans espoir. La cible de cette attaque, c’est l’ensemble du système démocratique », a-t-il martelé. À Istanbul, une marche similaire a rassemblé des centaines de partisans près du palais de Dolmabahce, tandis que des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs districts de la mégapole et à Izmir, bastion libéral de la côte égéenne.

Ekrem Imamoglu, 54 ans, figure emblématique du CHP, a été arrêté l’an dernier le jour même de sa désignation comme candidat à la prochaine présidentielle, prévue en 2028. Jugé pour corruption, ce qu’il conteste, avec 413 co-accusés, il fait face à 142 chefs d’inculpation et encourt plus de deux mille ans de prison. Parallèlement, les arrestations se multiplient dans les rangs du parti, avec 57 responsables et élus interpellés lundi dans six provinces.

La délégation de l’Union européenne en Turquie a exprimé son inquiétude, rappelant que l’opposition doit pouvoir participer librement à la vie politique sans craindre la répression. La contestation pourrait toutefois s’essouffler, alors que le pays entame une semaine de vacances pour l’Aïd-el-Fitr. Selon les analystes, le pouvoir cherche à affaiblir le CHP avant une probable anticipation de la présidentielle, permettant à Erdogan, aux commandes depuis 2003, de se représenter malgré les limites constitutionnelles. Gönul Tol, du Middle East Institute à Washington, estime que le président turc veut « remodeler l’opposition, à l’image de ce qu’a fait Vladimir Poutine en Russie. C’est sans précédent et cela aura un impact considérable sur le CHP ».

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