Culture
La Gaîté lyrique évacuée : une mobilisation enflammée pour défendre les jeunes migrants


À Paris, des centaines de manifestants ont défilé devant le lieu culturel occupé depuis trois mois par des jeunes migrants, en réaction à l’ordre d’évacuation émis par la préfecture de police. Une soirée marquée par la solidarité et les tensions.
Devant la Gaîté lyrique, théâtre parisien occupé depuis décembre 2024 par des centaines de jeunes migrants, une foule déterminée s’est rassemblée lundi soir. La préfecture de police avait ordonné l’évacuation des lieux pour le mardi 18 mars 2025, suscitant une vive réaction de la part des occupants et de leurs soutiens. « On ne partira pas ! », scandait un manifestant au mégaphone, tandis qu’un drap noir orné du message « Gaîté lyrique occupée, 400 vies en danger, 80 emplois menacés » flottait sur la façade du bâtiment.
Parmi les manifestants, des élus de gauche, des syndicalistes et des membres d’organisations militantes ont exprimé leur indignation face à la décision des autorités. « La honte à ce pouvoir qui fait la guerre aux mineurs isolés ! », ont-ils clamé en chœur. Le préfet de police, Laurent Nuñez, a justifié cette mesure en assurant que des solutions d’hébergement seraient proposées aux jeunes, tout en précisant que leur situation administrative serait examinée. Cependant, ces promesses n’ont pas suffi à apaiser les craintes des occupants et de leurs alliés.
Pour les jeunes migrants, la Gaîté lyrique représente bien plus qu’un simple refuge. « Ici, on est à l’abri du froid, on se sent en sécurité », confie Mohamed Sangare, originaire de Côte d’Ivoire, qui attend depuis huit mois une réponse à sa demande de régularisation. D’autres, comme Cheikh Koné, se préparent à affronter l’inconnu, empaquetant leurs maigres possessions tout en refusant de céder à la peur. « On vit au jour le jour, mais on ira jusqu’au bout », déclare-t-il, tout en excluant toute confrontation violente avec les forces de l’ordre.
L’occupation de la Gaîté lyrique avait débuté en décembre 2024, lorsque près de 200 jeunes migrants, regroupés sous la bannière du « Collectif des jeunes du parc de Belleville », avaient investi les lieux pour réclamer un hébergement digne et la reconnaissance de leur minorité. Depuis, le théâtre avait fermé ses portes au public, et les employés avaient exercé leur droit de retrait, dénonçant des conditions de travail devenues insoutenables.
Le collectif a vivement critiqué les propositions de l’État, jugées insuffisantes et temporaires. « Nous ne voulons pas être déplacés ailleurs. Nous voulons des solutions pérennes », ont-ils martelé dans un communiqué. La mairie de Paris, quant à elle, a rejeté toute responsabilité, soulignant que l’hébergement d’urgence relevait des compétences de l’État. Léa Filoche, adjointe à la maire chargée de l’hébergement, a appelé à des « solutions dignes et durables » pour tous les jeunes concernés.
Malgré le froid et l’heure tardive, près d’une centaine de personnes sont restées mobilisées devant le théâtre jusqu’à 22 heures. Dans une ambiance à la fois festive et revendicative, une fanfare improvisée a rythmé les slogans antifascistes et les messages de soutien aux jeunes occupants. Alors que l’évacuation semble inévitable, la question de l’avenir de ces jeunes migrants reste entière, suscitant colère et inquiétude parmi leurs défenseurs.





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