Monde
La France et le Tchad recousent leurs liens, mais sans les soldats
Un forum d’affaires réuni à Paris a scellé de nouveaux accords entre les deux pays, signe d’un réchauffement entamé en janvier. Depuis la rupture de…


Un forum d’affaires réuni à Paris a scellé de nouveaux accords entre les deux pays, signe d’un réchauffement entamé en janvier. Depuis la rupture de l’accord de défense en novembre 2024, N’Djamena et Paris cherchent à redéfinir une relation longtemps dominée par le militaire.
Deux ministres tchadiens ont fait le voyage jusqu’à Paris. Dans leur sillage, des protocoles d’accord ont été signés dans l’élevage, la santé, les infrastructures et l’énergie. Le forum d’affaires France-Tchad, tenu le 25 septembre, a réuni 250 entreprises venues plancher sur les investissements dans ce pays sahélien. Derrière les poignées de main, un rapprochement engagé depuis janvier entre Emmanuel Macron et Mahamat Idriss Déby Itno.
Le contraste saute aux yeux quand on repense à l’automne 2024. En novembre, N’Djamena avait brutalement rompu l’accord de défense qui le liait à Paris, refermant soixante ans de présence militaire française. Un revers de plus pour la France, déjà chassée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, et plus esseulée que jamais au Sahel.
Cette fois, les treillis ont cédé la place aux costumes. Le ministre tchadien des Finances, Tahir Hamid Nguilin, a été reçu par son homologue français Roland Lescure en marge du forum. L’idée consiste à démilitariser et à diversifier une relation trop longtemps accrochée au sécuritaire. Côté français, on veut démontrer à Déby que les promesses économiques sont tenues. Le Tchad y voit une marque de considération. Son plan de développement prévoit de mobiliser 30 milliards de dollars, environ 26,5 milliards d’euros, et de gonfler son PIB de 60 % d’ici 2030.
La dynamique est très bonne, confie l’ambassadrice du Tchad à Paris, Amina Priscille Longoh. Elle parle de consultations fréquentes et d’une écoute sincère. Le climat s’était pourtant envenimé pendant plus d’un an. Le dégel a été acté en janvier, quand le maréchal Déby a été reçu à l’Élysée. Il a été réaffirmé en mai au sommet Africa Forward de Nairobi, où les deux chefs d’État se sont revus et ont affiché l’ambition d’un partenariat revitalisé. Pour N’Djamena, la priorité s’appelle désormais coopération économique.
Sur le front sécuritaire, la coopération a pourtant repris, en sourdine. Des agents français déjà sur place travaillent avec l’Agence nationale de sécurité de l’État, le principal service de renseignement tchadien. Un avion spécialisé dans la collecte d’informations en temps réel a même été affrété pour surveiller la frontière, capter les écoutes et pister les jihadistes de Boko Haram autour du lac Tchad. Les autorités tchadiennes aimeraient davantage, notamment un petit dispositif aérien pour couvrir l’ensemble de leurs frontières. En avril, des officiers français s’étaient rendus à N’Djamena afin d’évaluer les besoins de l’armée en formation et en partage de renseignement. Mais Paris le martèle, il n’est pas question de retrouver l’ampleur d’autrefois, ses Mirage et jusqu’à 1 500 soldats. La reprise se veut prudente et progressive, sans qu’un passage ponctuel d’avions de chasse soit totalement exclu.
Le Tchad, lui, marche sur une ligne de crête. Le président Déby a multiplié les partenaires sécuritaires, en se tournant vers les Émirats arabes unis et la Turquie. La guerre au Soudan voisin vient tout rebattre. Officiellement neutre, il est accusé par l’armée soudanaise de laisser transiter des armes émiraties vers les paramilitaires des Forces de soutien rapide. N’Djamena a par ailleurs encaissé 700 millions de dollars de prêts et de financements directs émiratis en 2023 et 2024, environ 619 millions d’euros. Un appui dont le pouvoir tchadien redoute la fin, persuadé que l’intérêt d’Abu Dhabi reste suspendu à l’issue du conflit soudanais.
Les menaces, elles, ne faiblissent pas sur les autres frontières. Boko Haram à l’ouest, des groupes armés hostiles dans le sud libyen et le nord du Niger. Après le départ des Français, l’armée tchadienne misait sur les drones turcs, très prisés sur le continent, pour combler son manque d’avions. Le pari a tourné court. Plusieurs appareils, dont le pilotage et l’entretien reposent en partie sur des opérateurs turcs, ont été immobilisés à répétition à cause d’impayés de 50 millions de dollars, environ 44 millions d’euros. Un officier tchadien dément et vante une efficacité impeccable. Pour Paris, l’occasion est trop belle. Privée de capteurs au Sahel depuis des années, la France tient là de quoi reprendre pied.
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