Économie
La chimie allemande mise sur la biomasse pour sa renaissance industrielle

Face à une crise historique, le secteur chimique allemand explore des voies de décarbonation audacieuses. Un investissement phare dans l’est du pays substitue le bois au pétrole, un pari économique et écologique dont l’issue reste ouverte.
Dans le parc chimique de Leuna, en Saxe-Anhalt, une installation d’un nouveau genre symbolise les espoirs de transformation d’une industrie en grande difficulté. Le groupe finlandais UPM y a engagé 1,3 milliard d’euros pour une raffinerie biochimique opérationnelle depuis l’été 2025. Cette unité pionnière transforme des copeaux de hêtre, une ressource locale, en produits chimiques destinés à remplacer ceux issus du pétrole.
Le contexte est celui d’une crise profonde. La production chimique allemande, autrefois fleuron national, est à son niveau le plus bas depuis près de trente ans, étranglée par des coûts énergétiques élevés et une concurrence mondiale féroce. Dans ce paysage morose, le projet de Leuna représente une tentative concrète de rupture avec la dépendance aux hydrocarbures fossiles, qui constituent encore la base de plus de 80% de la production.
Le procédé repose sur une biomasse abondante dans la région. UPM s’approvisionne notamment en branches de hêtre, des résidus forestiers souvent destinés à la simple combustion. Ces déchets ligneux sont traités sur place par un processus de fermentation en cuve pour produire, entre autres, du monoéthylène glycol, une matière première pour les textiles synthétiques ou les emballages plastiques. Le site ambitionne d’atteindre une capacité annuelle de 220 000 tonnes à l’horizon 2027.
Malgré son caractère innovant, la viabilité économique de l’entreprise n’est pas assurée. Les investissements initiaux et les délais de construction ont plus que doublé, en partie à cause des conséquences de la pandémie. Les dirigeants du projet qualifient eux-mêmes la décision de mise en service de « courageuse ». Ils misent sur des chaînes d’approvisionnement courtes et une demande croissante pour des matériaux biosourcés pour assurer leur compétitivité face aux produits asiatiques à bas coût.
La donne politique ajoute une couche d’incertitude. L’arrivée au pouvoir d’une coalition centrée sur la relance économique a relégué les considérations environnementales au second plan, privilégiant la dérégulation à la transition écologique comme levier de compétitivité. Les porteurs du projet plaident désormais moins pour le soutien au développement durable que pour des mesures protectionnistes, comme l’imposition de quotas sur les importations chimiques polluantes, et des incitations financières spécifiques pour accélérer le passage des énergies fossiles à la biomasse.
Cette initiative illustre les défis de la reconversion industrielle dans un bastion historique. Elle démontre une volonté technologique de décarbonation, mais son succès dépendra d’un alignement complexe entre innovation, rentabilité à long terme et cadre politique favorable. L’avenir dira si cette bio-raffinerie constitue une simple lueur d’espoir isolée ou l’avant-garde d’une refonte plus profonde du modèle chimique allemand.

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