Planète
La capitale verte du Pakistan s’efface sous le béton


Autrefois modèle d’urbanisme durable, Islamabad voit ses forêts et ses parcs disparaître au profit de chantiers d’envergure, dont plusieurs projets militaires, suscitant l’inquiétude des habitants et des défenseurs de l’environnement.
Conçue dans les années soixante comme une cité-jardin, avec ses larges artères ombragées et ses nombreux espaces boisés, Islamabad subit une transformation profonde. Le paysage urbain, longtemps préservé, cède désormais du terrain à des infrastructures nouvelles. Cette évolution alimente un vif débat sur l’équilibre entre développement et préservation du patrimoine naturel.
Des riverains dénoncent une accélération des coupes d’arbres, parfois centenaires, pour laisser place à des travaux. L’un d’eux a engagé une action en justice contre les autorités municipales, pointant un abattage systématique qui laisserait des terrains à l’état de friche. Selon des organisations environnementales, les grands chantiers, qu’il s’agisse de routes ou d’édifices, contribuent à un recul notable de la canopée urbaine sur les dernières décennies.
Les pouvoirs publics invoquent plusieurs raisons à ces opérations. Outre la nécessité de moderniser les réseaux de transport, ils mettent en avant la lutte contre les allergies saisonnières. Une espèce d’arbre, le mûrier à papier, plantée en abondance à l’origine de la ville, est particulièrement visée pour son pollen allergène. Un plan de remplacement de dizaines de milliers de sujets est évoqué. Cette justification est toutefois contestée par certains observateurs, qui y voient un prétexte facilitant des défrichements plus larges.
La situation environnementale de la capitale s’en trouve affectée. Les périodes de pollution atmosphérique persistante sont plus fréquentes, un phénomène que les experts relient en partie à la diminution du couvert végétal, pourtant essentiel pour filtrer l’air. Face à cela, des voix s’élèvent pour prôner une planification urbaine plus rigoureuse, associant replantation d’essences adaptées et transparence sur les projets d’aménagement.
Une partie notable des terrains récemment déboisés est destinée à des installations à caractère militaire ou à des monuments commémoratifs. Ces emprises, localisées notamment le long des principaux axes routiers, ont fait l’objet de défrichements importants documentés par des associations. L’expansion de ces infrastructures intervient dans un contexte où l’institution militaire occupe une place prépondérante dans la vie nationale.
Le litige judiciaire intenté par un citoyen pour stopper les coupes à grande échelle reste en cours. Le plaignant estime qu’aucune raison ne saurait légitimer la destruction d’arbres matures et que des alternatives, comme l’utilisation d’espaces publics déjà artificialisés, existent. Les autorités, de leur côté, se retranchent derrière des règlements d’urbanisme datant des années quatre-vingt-dix pour valider la légalité des opérations en cours.





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