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Kherson, le court retour d’une famille entre deux fronts

Après presque cinq ans de guerre, les Mayfeld retrouvent brièvement leur maison à Kherson pendant une trêve humanitaire. Ce retour réveille les souvenirs…

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Kherson, le court retour d’une famille entre deux fronts

Après presque cinq ans de guerre, les Mayfeld retrouvent brièvement leur maison à Kherson pendant une trêve humanitaire. Ce retour réveille les souvenirs d’une vie interrompue et l’inquiétude d’un départ imminent.

Il faut d’abord passer les postes de contrôle et les soldats en armes. Puis vient une courte pause, un selfie devant l’entrée de Kherson, et enfin un chemin boueux qui mène à « la maison ». Réfugiée dans la région d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine, la famille Mayfeld a profité d’une brève trêve humanitaire sur cette partie de la ligne de front pour revenir chez elle. Une première en presque cinq ans de guerre avec la Russie.

Les quatre enfants restent silencieux devant le portail. Ils attendent que leur mère l’ouvre, puis se précipitent dans le jardin coquet couvert de feuilles d’automne. Yuliia, 39 ans, retient mal ses larmes. « Cela fait si longtemps, si longtemps », répète-t-elle avec un large sourire. La maison avait été rénovée juste avant leur départ, après quatre mois d’occupation russe. Revenir après la contre-offensive ukrainienne qui a repris Kherson en novembre 2022 aurait été encore plus risqué. Ceux qui sont restés vivent sous les tirs croisés des deux armées, avec les drones et les bombes au-dessus de la ville.

Des cris de joie éclatent. Sous les vieux arbres touffus, rien n’a bougé. Le toboggan, la cabane en bois et les murs neufs sont toujours là. Les parents y marquaient au feutre noir la taille des jumelles Sofiia et Viktoriia, neuf ans aujourd’hui. Elles « ne se souviennent pas bien », explique Yuliia, dont le mari marin navigue en mer de Chine. Elle veut surtout que ses enfants éprouvent ce sentiment d’être chez eux, dans le lieu qui les a vus naître.

Pavlo, 11 ans, grimpe quatre à quatre les escaliers vers sa chambre pleine de jouets. Il n’a pas oublié le dernier anniversaire fêté avec ses amis. Deux d’entre eux sont partis en Pologne et il ne les a plus revus. Une autre vit désormais en Italie. « Cette ville me manque énormément », souffle-t-il. Comme les Mayfeld, beaucoup de déplacés venus du nord ou de l’ouest du pays ont bravé la peur ces derniers jours. Ils ont profité du cessez-le-feu pour récupérer des affaires, vérifier si les frappes russes avaient épargné leur logement ou simplement marcher dans les rues de Kherson.

La ville porte les traces des combats. Environ trois quarts des 280 000 habitants ont fui Kherson, construite sur les bords du Dniepr, qui marque la ligne de front. De nombreux quartiers classés « zone rouge » sont désormais fantômes. Le danger est partout, sur les trottoirs et les places publiques, où des milliers d’engins piégés et de mines antipersonnelles ont été dispersés, notamment largués par drones. « C’est très douloureux de voir ma ville comme ça », confie Liouba Kryvoroutchko, 33 ans, devant les ruines d’un immeuble. « Tout a tellement changé, les mots me manquent. Je voulais simplement rentrer chez moi tant que j’en avais encore la possibilité ».

Chacun redoute la fin de la trêve prévue dimanche soir. Un militaire local, qui préfère taire son nom, craint pire qu’avant. Les forces russes, postées sur l’autre rive du fleuve, ont mis à profit le calme des derniers jours pour rassembler des troupes, acheminer des munitions et recueillir des renseignements sur les positions ukrainiennes grâce à des drones de surveillance. Yuliia n’a donc que 24 heures pour montrer à ses enfants un fragment de la vie qu’ils ont laissée derrière eux.

Elle sort d’un carton une photo de la famille au complet, heureuse et insouciante. « Je ne souhaite à personne de vivre une telle expérience. Cela touche l’âme, profondément », dit-elle. « Quand on est chez soi, on est chez soi. On a envie de serrer les murs dans ses bras, de parcourir chaque pièce, de vaquer aux tâches ménagères comme autrefois. » Ivan, l’aîné de 16 ans, reste silencieux. Il ne sourit pas une fois. « On dormait tous là au début des bombardements », lâche-t-il en montrant un coin du salon. Il rêve de devenir marin comme son père et de voyager sur les mers du globe. « C’est triste », finit-il par dire. Il aimerait visiter le centre-ville une dernière fois et, sans doute, clore le chapitre Kherson. Dimanche, ils reprendront le chemin de l’exode.

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