Monde
Gaza : l’Aïd el-Fitr sous le signe du deuil et des bombardements
Dans l’enclave palestinienne, la fête traditionnelle qui clôture le ramadan se transforme en journée de recueillement et de douleur, sous le fracas des frappes israéliennes.
Alors que le monde musulman célèbre l’Aïd el-Fitr dans la joie, les habitants de Gaza vivent ce moment sous une pluie de bombes. Les prières du matin, habituellement accompagnées de chants et de rassemblements familiaux, se déroulent cette année au milieu des ruines et des cris de détresse. Les mosquées, autrefois lieux de rassemblement, ne sont plus que des amas de gravats, et les rues sont jonchées de débris et de corps sans vie.
Pour Nahla Abou Matar, déplacée à Khan Younès après avoir fui le nord de Gaza, cette journée devrait être synonyme de retrouvailles. Au lieu de cela, elle est marquée par les adieux et les funérailles. « Nous nous réveillons au son des explosions, pas des prières », confie-t-elle, évoquant la violence incessante qui frappe la bande de Gaza depuis des mois. Les familles, privées de tout, peinent même à offrir des vêtements neufs ou des sucreries à leurs enfants, traditionnellement distribués lors de cette fête.
Dans les hôpitaux surchargés, les morgues débordent. Mohamed al-Qadi, un habitant en larmes, contemple les sacs mortuaires alignés dans la morgue de l’hôpital Nasser. Sa sœur et son neveu figurent parmi les victimes d’une frappe nocturne. « Le monde fête, nous enterrons les nôtres », murmure-t-il, accablé.
Au cimetière de Nuseirat, des proches se recueillent sur des tombes fraîchement creusées, certaines portant plusieurs noms griffonnés à la hâte. Les stèles racontent l’histoire d’une guerre impitoyable qui a déjà emporté des milliers de vies. Samir, 10 ans, assis devant la tente de sa famille, se souvient des Aïd passés, quand sa mère lui achetait des cadeaux. « Elle a été tuée en janvier. Depuis, il n’y a plus de joie », murmure l’enfant.
La peur règne partout. Les déplacements sont risqués, les visites entre familles presque impossibles. « Un missile peut tomber à tout moment », soupire Ezzedine Moussa, un jeune homme de 29 ans. Dans cette guerre sans fin, l’Aïd el-Fitr, symbole de paix et de partage, n’est plus qu’un jour comme les autres – un jour de survie, de larmes et de désespoir.
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