Nous rejoindre sur les réseaux

Europe

En Serbie, la révolte née à Novi Sad entre dans la course aux urnes

Un auvent cède dans une gare fraîchement rénovée, seize personnes perdent la vie, et tout un pays se lève. Près de deux ans plus tard, cette colère…

Article

le

En Serbie, la révolte née à Novi Sad entre dans la course aux urnes

Un auvent cède dans une gare fraîchement rénovée, seize personnes perdent la vie, et tout un pays se lève. Près de deux ans plus tard, cette colère citoyenne se présente devant les électeurs face au pouvoir d’Aleksandar Vucic.

Le 1er novembre 2024, peu avant midi, le béton cède à l’entrée de la gare de Novi Sad, deuxième ville du pays. L’auvent tout juste rénové s’écrase. Quatorze personnes meurent sur le coup. Deux autres succombent à l’hôpital. Seize vies, une gare flambant neuve dont les travaux ont coûté des millions d’euros, et une question qui s’impose partout. Comment un ouvrage fraîchement refait a-t-il pu lâcher ainsi ?

Deux jours plus tard, Belgrade descend dans la rue. Des milliers de personnes brandissent des pancartes où une empreinte de main ensanglantée devient l’emblème du mouvement. Leur message tient en trois mots. La corruption tue. Le ministre de la Construction, Goran Vesic, quitte son poste. Insuffisant pour les manifestants, qui réclament la publication des documents de rénovation et pointent une responsabilité bien plus large.

Fin novembre, une veillée silencieuse est attaquée. Des témoignages désignent des membres locaux du Parti progressiste serbe, la formation conservatrice d’Aleksandar Vucic. Les organisateurs étudiants répliquent en bloquant une faculté de l’université de Belgrade. Ce geste change la donne. À la fin de l’année, la quasi-totalité des universités sont occupées et les étudiants prennent la tête des rassemblements à travers le pays.

Le pouvoir promet la transparence. Les manifestants, eux, ne reculent pas. Blocages routiers quotidiens, agressions signalées en série. Des hommes liés au SNS auraient frappé des étudiants à coups de battes de baseball, envoyant une femme à l’hôpital. En janvier 2025, le Premier ministre Milos Vucevic démissionne. Vucic remanie aussitôt son gouvernement et nomme un nouveau chef de l’exécutif, pendant que ses partisans installent des tentes blanches et des barricades devant la présidence, bloquant une grande artère près du Parlement de Belgrade.

Le 15 mars 2025, environ 300 000 personnes se massent dans la capitale. Du jamais-vu depuis des décennies en Serbie. Un bruit mystérieux fait alors fuir la foule. La police est soupçonnée d’avoir utilisé un canon sonore. Les autorités démentent.

En mai, les étudiants élargissent leurs revendications et réclament des élections anticipées. Vucic dénonce des conspirateurs financés de l’étranger et multiplie les contre-rassemblements. En août 2025, la tension déborde dans plusieurs villes. Des hommes masqués lancent des feux d’artifice et des projectiles sur les manifestants étudiants. S’ensuivent des affrontements avec l’autre camp et les forces de l’ordre. Des locaux du SNS sont saccagés, des dizaines de personnes arrêtées, et des accusations de brutalités policières fusent.

Novembre 2025, un an après l’effondrement, des dizaines de milliers de personnes se retrouvent à Novi Sad pour commémorer les victimes. Un mois plus tard, la liste portée par les étudiants réunit près de 400 000 signatures.

Le 9 septembre 2026, après des mois de promesses, Aleksandar Vucic dissout le Parlement et fixe le scrutin au 25 octobre. Cinq jours plus tard, le mouvement étudiant dépose sa liste et entre officiellement en campagne contre le SNS. Le 27 septembre, Vucic quitte la présidence pour viser un retour au poste de Premier ministre. Élu en 2017, réélu en 2022, il écourte son second mandat afin de mener lui-même la bataille de son parti.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus