Économie
Djerba freinée par la géopolitique au Moyen-Orient
L’île tunisienne, pourtant prisée des touristes européens, subit un début de saison estivale en demi-teinte en raison des tensions régionales et de la flambée du prix du carburant.
Sur l’île de Djerba, les plages de sable blanc et les palmiers continuent d’attirer les visiteurs, mais l’enthousiasme des professionnels du tourisme est tempéré. La saison, officiellement lancée début mai, patine en raison des perturbations économiques et géopolitiques liées au conflit au Moyen-Orient. Anane Kamoun, directeur d’un hôtel cinq étoiles du nord-est de l’île, constate une nette baisse des réservations. Son établissement enregistrait auparavant une centaine de nouvelles demandes quotidiennes, contre une cinquantaine aujourd’hui. Si aucune annulation n’est à déplorer, le rythme s’est sensiblement ralenti.
Ce coup de frein s’explique en grande partie par l’augmentation des coûts de transport. Le prix du kérosène ayant doublé depuis le début de l’année, les compagnies aériennes répercutent cette hausse sur les tarifs des billets. Un surcoût de 70 à 80 euros par trajet, selon le directeur hôtelier, pousse les vacanciers à rechercher des destinations moins onéreuses ou plus proches.
Le tourisme représente environ 10 % du produit intérieur brut tunisien et emploie quelque 400 000 personnes. Djerba, avec son climat clément, est traditionnellement la première à lancer la saison. En 2025, l’île avait accueilli 1,23 million de touristes, soit une progression de 5 % par rapport à l’année précédente et un retour aux niveaux d’avant la pandémie de Covid-19. Les prévisions pour 2026 tablaient sur une croissance de 7 à 8 %, avant que les tensions au Moyen-Orient ne viennent perturber le trafic aérien mondial.
Hichem Mahouachi, responsable régional de l’office du tourisme, se veut toutefois confiant. Il souligne que 5 600 vols, charters et réguliers, sont programmés entre avril et septembre, soit une augmentation de 3,3 % sur un an, en provenance de seize pays, majoritairement européens. Il estime que la Tunisie pourrait tirer son épingle du jeu face à des concurrents plus lointains. La proximité géographique avec l’Europe, à seulement deux heures de vol, et la présence de nombreuses compagnies low-cost atténuent l’impact de la hausse du kérosène.
Enfin, l’argument sécuritaire joue en faveur de la destination. La Tunisie est perçue comme l’un des pays les plus sûrs du bassin méditerranéen, un atout non négligeable alors que des destinations concurrentes comme la Turquie ou l’Égypte subissent plus directement les contrecoups du conflit.
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