Planète
Des sentinelles du désert pour protéger les rapaces du Néguev

Dans le sud d’Israël, des bénévoles se mobilisent pour lutter contre le braconnage des faucons, une pratique en plein essor qui menace les espèces protégées.
Au cœur du désert du Néguev, une équipe de passionnés veille sur les rapaces migrateurs. Ces « gardiens de faucons », reconnaissables à leurs tee-shirts arborant l’effigie d’un rapace, patrouillent sans relâche pour dissuader les braconniers. Cette initiative, portée par Meidad Goren, directeur du centre d’ornithologie des hauteurs du Néguev, vise à protéger les oiseaux de proie qui traversent chaque hiver cette région frontalière de la bande de Gaza.
Les rapaces, attirés par les champs de blé et les petits oiseaux qui y pullulent, sont particulièrement vulnérables. Les braconniers, souvent issus des communautés bédouines locales, capturent ces animaux pour les revendre sur un marché noir florissant. Les faucons, symboles de prestige dans la culture bédouine, sont également exportés vers les pays du Golfe, où la fauconnerie est une tradition ancestrale. Les prix peuvent atteindre des sommes astronomiques, jusqu’à 70 000 shekels (environ 18 000 euros) pour un spécimen rare.
Face à cette menace, les bénévoles ont mis en place un système de surveillance rigoureux. « C’est comme veiller sur un enfant », confie Mirit Keshales, une bénévole de 47 ans. Les patrouilles, composées d’ornithologues, de fermiers et de simples amoureux de la nature, se relaient jour et nuit pour protéger les rapaces. Leur vigilance a permis de sauver plusieurs oiseaux, dont un faucon sacré, une espèce en danger, qui avait élu domicile près du kibboutz Urim.
Malgré ces efforts, le braconnage reste difficile à endiguer. Les peines encourues par les contrevenants sont souvent légères, avec des amendes dérisoires qui ne dissuadent guère les récidivistes. De plus, la demande en faucons sauvages ne cesse de croître, alimentée par des concours de beauté et des compétitions de chasse dans les pays du Golfe. Les rapaces d’élevage, bien que nombreux, ne suffisent pas à satisfaire ce marché, car les fauconniers privilégient les oiseaux capturés dans la nature, réputés plus performants.
Les organisations internationales de fauconnerie, interrogées sur ce trafic, restent discrètes, invoquant la « sensibilité du sujet ». Pourtant, la situation est alarmante. « Les faucons qui migraient ici en hiver ont presque tous disparu », déplore Meidad Goren. Pour inverser la tendance, les gardiens du Néguev continuent leur combat, espérant préserver ces majestueux oiseaux pour les générations futures.

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