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Des migrants expulsés des États-Unis se retrouvent dans des prisons africaines sans savoir pourquoi

Washington force des pays d’Afrique à accueillir des étrangers venus du monde entier en échange de visas ou d’argent. Résultat : des hommes et des femmes…

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Des migrants expulsés des États-Unis se retrouvent dans des prisons africaines sans savoir pourquoi

Washington force des pays d’Afrique à accueillir des étrangers venus du monde entier en échange de visas ou d’argent. Résultat : des hommes et des femmes se retrouvent bloqués dans des cellules inconnues, sans procès, sans avocat, parfois sans espoir.

Le Cambodgien Pheap Rom avait purgé sa peine aux États-Unis. Il pensait être renvoyé chez lui. À la place, il a atterri dans une prison de haute sécurité en Eswatini, la dernière monarchie absolue d’Afrique. « Je ne comprenais pas pourquoi on m’expulsait vers l’Afrique alors que je suis cambodgien », a‑t‑il raconté. Son avocat a découvert plus tard que les autorités américaines avaient d’abord menti sur sa destination. Pheap Rom est l’un des nombreux migrants expédiés vers des pays africains dans le cadre d’accords secrets. En échange d’argent ou de la levée de restrictions de visas, des États comme l’Eswatini, le Rwanda ou le Ghana acceptent de recevoir des ressortissants de pays tiers. Les deux tiers des pays mondiaux visés par une suspension de visas américains se trouvent en Afrique. Et selon des sénateurs démocrates, près de la moitié des pays ayant signé des accords d’accueil sont africains.

Une fois sur place, ces migrants tombent dans un vide juridique. Ils sont détenus sans inculpation, souvent dans des camps militaires ou des prisons surpeuplées. Certains bénéficiaient pourtant d’une protection juridique aux États‑Unis, comme un sursis à éloignement ou le statut de personne protégée contre la torture. Mais la nouvelle administration a estimé que ces protections ne les empêchaient pas d’être envoyés vers un pays tiers. « C’est comme une traite moderne d’êtres humains », dénonce un avocat. Les migrants sont embarqués en pleine nuit, menottés, sans connaître leur destination, sans pouvoir prévenir leur avocat. Arrivés dans un pays inconnu, ils ne peuvent même pas demander l’asile si la procédure n’existe pas localement. Khalid, un jeune homme de 23 ans, a fui la torture dans son pays d’Afrique de l’Est. Un juge américain lui avait accordé une protection. Pourtant, il a été expulsé vers la Guinée équatoriale, puis renvoyé chez lui, puis refoulé faute de papiers. Aujourd’hui, il est coincé dans un pays où l’asile n’existe pas. « Elles ne savent pas si nous sommes en vie », dit‑il des autorités américaines.

Washington manie le bâton et la carotte. Pour convaincre les pays africains de coopérer, elle suspend les visas ou menace de réduire l’aide. Le Ghana a accepté d’accueillir des expulsés ouest‑africains et a vu ses restrictions de visas levées et ses droits de douane baisser. Le Burkina Faso a refusé, dénonçant un « chantage ». Mais beaucoup d’autres ont cédé. Les accords restent secrets, et les avocats peinent à retrouver leurs clients. Un plombier cubain de 59 ans, Roberto Mosquera, avait purgé sa peine et refait sa vie en Floride. Il a été arrêté lors d’un contrôle de routine. Sa famille a cru qu’il était retourné à Cuba. En réalité, il croupissait depuis presque un an dans la prison de Matsapha en Eswatini, où les détenus n’ont qu’une sortie de quinze minutes par jour. « On s’en lave les mains », a confié un ancien responsable américain. Pour les avocats, c’est du « refoulement en chaîne », interdit par le droit international. Mais l’administration assure que ces accords sont essentiels à la sécurité du pays. Pendant ce temps, des centaines de migrants disparaissent des radars, piégés dans un système qui les traite comme des pions.

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