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Des félins au cœur de la cité, Istanbul vit au rythme de ses chats


Dans la mégalopole turque, plus de 160 000 chats errent librement, nourris et choyés par une population qui leur voue une affection séculaire, au point d’en faire les véritables souverains des rues et des commerces.
Le cas de Kanyon est emblématique. Ce chat blanc et gris, résident attitré de l’entrée d’un centre commercial, a vu sa popularité décupler après le vol de son panier. Désormais installé dans une petite maison, entouré de jouets et suivi par des milliers d’internautes sur les réseaux sociaux, il reçoit une quantité impressionnante de croquettes et de marques d’affection. Sa situation n’a rien d’exceptionnel. Les félins sont omniprésents dans l’espace public stambouliote, des terrasses de café aux traversées en ferry, des arrêts de bus aux allées des supermarchés, où ils s’installent sans être dérangés.
Cette cohabitation pacifique s’enracine dans une tradition culturelle et religieuse profonde. Les habitants considèrent souvent le soin apporté aux animaux comme un devoir. « Les animaux nous sont confiés, ils ont besoin de notre amour », explique une habituée qui consacre une partie de son salaire à nourrir les chats et chiens errants d’un cimetière voisin. Cette bienveillance générale trouve ses origines dans l’histoire. Selon les experts, l’affection portée aux chats dans la région remonte à l’époque byzantine et a été renforcée par la tradition islamique, qui honore le rapport du prophète Mahomet à ces animaux. La nourriture qui leur était offerte était même perçue comme une offrande divine.
Certains félins accèdent ainsi à une notoriété qui dépasse les frontières de leur quartier. La ville a érigé une statue en bronze à la mémoire de Tombili, un chat devenu célèbre sur internet pour sa posture nonchalante. Plus récemment, le décès de Gli, la mascotte de Sainte-Sophie, a fait l’objet d’articles nécrologiques dans la presse nationale, rappelant que l’ancien président américain Barack Obama l’avait caressée lors d’une visite. Même le palais de Topkapi, ancienne résidence des sultans, a conservé et restauré une chatière historique, témoignage de leur présence multiséculaire comme protecteurs contre les rongeurs.
Face à cette population féline nombreuse, les autorités municipales ont mis en place des campagnes de stérilisation de grande ampleur, dont le rythme s’est considérablement accru ces dernières années. Parallèlement, elles alertent sur les conséquences involontaires d’une nourriture trop abondante laissée dans l’espace public, qui pourrait favoriser la prolifération de rats. Le gouverneur de la ville a récemment appelé à une meilleure gestion des distributions alimentaires pour éviter que les rongeurs ne se nourrissent aux mêmes endroits que les chats.
Malgré ces préoccupations administratives, le quotidien des Stambouliotes reste marqué par une coexistence apaisée. Pour de nombreux résidents et visiteurs, l’identité même d’Istanbul est indissociable de ses chats. Une étudiante étrangère résume ce sentiment en affirmant que dans cette ville, humains et félins vivent « presque les yeux dans les yeux », une symbiose urbaine qui continue de définir le caractère unique de la métropole.





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