Politique
Budget 2027, Lescure fait des ordonnances un aveu plus qu’une solution
Le ministre de l’Economie préférerait éviter le passage en force et le dit ouvertement. Il assume pourtant un déficit creusé à 5%, dans une Assemblée où…


Le ministre de l’Economie préférerait éviter le passage en force et le dit ouvertement. Il assume pourtant un déficit creusé à 5%, dans une Assemblée où aucune majorité ne se dégage.
Le budget de la France se joue dans un Parlement sans majorité, et l’exécutif le sait parfaitement. Roland Lescure, ministre de l’Economie, a défendu la nécessité de doter le pays d’un budget à 5% de déficit quoi qu’il en coûte, alors que la dette française préoccupe les marchés internationaux. Plusieurs chemins mènent à ce résultat, et aucun n’est confortable.
Le premier passe par l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, qui autorise l’adoption d’un texte sans vote. Sébastien Lecornu, Premier ministre, pourrait s’y résoudre, à une condition. Il faudrait que le Parti socialiste ou le Rassemblement national s’abstiennent de le censurer. L’équation est fragile. L’autre option consiste à faire passer le budget initial par ordonnances, sans le moindre vote des parlementaires. Ce serait une première sous la Ve République.
Cette seconde voie, Roland Lescure préférerait l’éviter, et il l’assume sans détour. Il l’a comparée à une glissière de sécurité, celle de l’autoroute budgétaire, un garde-fou dont on se sert quand la route devient dangereuse. Sauf que le recours à cet outil dit aussi quelque chose de gênant. Cela revient à reconnaître qu’on n’a pas vraiment la capacité de tenir compte du débat parlementaire.
Les débats ont déjà connu un revers. En commission, les députés ont rejeté à la quasi-unanimité la partie recettes du budget. Sans conséquence immédiate, le texte revenant dans l’hémicycle dans sa version initiale, celle du gouvernement. Le problème soulevé reste arithmétique. Une fois amendé, le budget dépassait de plus de huit milliards d’euros le déficit, un constat que le ministre a regretté, tout comme David Amiel, chargé des Comptes publics, l’avait fait de son côté.
Roland Lescure a aussi dû défendre une mesure nettement plus inconfortable. Le délai de carence d’un an imposé aux étrangers non européens pour le versement de certaines allocations est perçu comme un geste adressé au Rassemblement national. Il le conteste et rattache la disposition aux discussions menées avec la droite républicaine, absolument pas avec le RN. Il reconnaît ne pas être le plus à l’aise avec elle. Elle figure pourtant dans un budget qu’il assure défendre pleinement.
Au-delà des chiffres et des procédures, le ministre pose un constat politique. La France est aujourd’hui extrêmement fragmentée, et pour la faire avancer, il faudra selon lui faire preuve d’esprit de coalition. Un réflexe qui pourrait bien s’installer durablement, y compris après 2027.
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