Planète
Au Mexique, une alliance inédite pour sauver la salamandre miraculée

Dans les eaux troubles du lac Patzcuaro, scientifiques et communautés locales unissent leurs forces pour préserver l’achoque, un amphibien aux pouvoirs de régénération exceptionnels, aujourd’hui au bord de l’extinction.
Autrefois abondant dans les eaux du lac Patzcuaro, l’achoque, une salamandre aquatique aux branchies évoquant une crinière, est désormais une espèce en sursis. Victime de la pollution, de la surpêche et de la raréfaction de son habitat, cet amphibien endémique du Mexique figure parmi les espèces classées « en danger critique » par l’UICN. Sa particularité ? Une capacité rare à régénérer ses organes, un trait qui fascine les scientifiques du monde entier.
Face à cette urgence écologique, une collaboration inédite a vu le jour entre les chercheurs de l’Université Michoacana et les pêcheurs locaux de San Jeronimo Purenchecuaro. Ces derniers, jadis dépendants de la pêche, sont désormais rémunérés pour participer à un programme de reproduction et de réintroduction de l’espèce. Froylan Correa, un ancien pêcheur, témoigne : « Avant, le lac grouillait d’achoques. Aujourd’hui, les jeunes générations ne les connaissent même plus. »
Le processus est minutieux. Les œufs collectés par les habitants sont confiés aux biologistes, qui les élèvent en laboratoire pour maximiser leurs chances de survie. Une fois suffisamment développés, les jeunes amphibiens retournent entre les mains des pêcheurs, qui veillent sur eux avant leur libération dans le lac. « C’est un travail exigeant : il faut les surveiller jour et nuit, quelles que soient les conditions », explique Israel Correa, membre de la communauté.
L’achoque, cousin de l’axolotl – star des billets de 50 pesos mexicains –, occupe une place particulière dans la culture locale. Consommé en soupe ou utilisé en médecine traditionnelle, il est aussi au cœur de légendes ancestrales. Mais aujourd’hui, sa survie dépend entièrement de ces efforts conjoints. Si les résultats sont encourageants – une centaine d’individus stabilisés –, les scientifiques restent prudents. « C’est une victoire fragile comparée aux populations d’autrefois », souligne Luis Escalera, l’un des chercheurs impliqués.
Cette initiative démontre qu’en mêlant savoir-faire traditionnel et expertise scientifique, il est possible de redonner une chance à des espèces en péril. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres régions du monde confrontées à la disparition de leur biodiversité.

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