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Au Gabon, la promesse de démocratie s’éloigne

Arrivé par un coup d’État acclamé, le président Oligui Nguema avait fait miroiter des institutions plus libres. Deux ans plus tard, opposants emprisonnés…

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Au Gabon, la promesse de démocratie s'éloigne

Arrivé par un coup d’État acclamé, le président Oligui Nguema avait fait miroiter des institutions plus libres. Deux ans plus tard, opposants emprisonnés, journalistes arrêtés et réseaux sociaux suspendus dessinent un tout autre tableau.

En 2023, quand Brice Clotaire Oligui Nguema a pris le pouvoir par un putsch, des milliers de Gabonais ont dansé dans les rues. Cette petite nation d’Afrique centrale, riche en pétrole et en minerais mais marquée par une pauvreté massive, venait de tourner la page de la dynastie Bongo après 55 ans. Le général avait promis des institutions « plus démocratiques ». Il a ensuite été élu triomphalement en avril 2025 avec près de 95% des voix. Mais aujourd’hui, l’espoir s’efface sous un rouleau compresseur répressif.

Les signes se multiplient. En novembre 2025, les comptes TikTok de l’influenceuse Nelly Ngabima

sont suspendus après une vidéo sur la famille Bongo. Connue sous le nom de Princesse de Souba, elle dit avoir reçu des menaces directes de l’entourage du président. Son père a même été visé par un message vocal. « M. Oligui ne veut pas entendre parler les activistes ni les opposants », témoigne-t-elle. Quelques jours plus tard, la page Facebook du principal opposant, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie By Nze, disparaît. Elle ne sera rétablie que six mois plus tard. Et mi-avril, Bilie By Nze lui-même est emprisonné pour une dette contractée en 2008. Son avocat dénonce un prétexte pour le rendre inéligible en vue de la présidentielle de 2032.

Les journalistes ne sont pas épargnés. Trois figures de la presse en ligne ont été arrêtées et détenues plusieurs jours entre août et janvier, simplement pour avoir publié des contenus jugés défavorables au pouvoir. « Quand les journalistes décrivent les choses telles qu’elles sont, ils courent le risque d’être arrêtés à tout moment », confie un journaliste sous couvert d’anonymat. Fin janvier, deux syndicalistes sont mis en cellule après des vidéos TikTok sur une grève des enseignants. En février, le gouvernement coupe l’accès à Facebook, WhatsApp, Instagram et TikTok. Motif officiel: éviter des « conflits sociaux ». Quatre mois plus tard, la suspension est toujours en vigueur, même si beaucoup la contournent avec des VPN.

Ce revirement surprend d’autant plus que le Gabon avait grimpé dans le classement mondial de la liberté de la presse, passant de la 121e à la 41e place entre 2020 et 2025. Un ancien député d’opposition, Jean-Valentin Leyama, résume l’ambiance: « Pendant la transition, le président préparait une élection: il fallait se montrer sous son meilleur jour. Une fois élu, on a tous été étonnés de ce revirement répressif. » Aujourd’hui, certains Gabonais estiment que la parole était plus libre sous la dynastie Bongo. Le pouvoir, lui, a aussi adopté une loi interdisant l’anonymat en ligne. Comme le dit le vice-président du parti de Bilie By Nze, « ce qui arrive à notre leader peut arriver à chacun de nous ».

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