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Au cœur de la Bolivie, le Chapare défie le pouvoir et protège son ancien président

Dans une région rurale du centre du pays, des cultivateurs de coca campent en plein état d’exception pour soutenir Evo Morales, réfugié chez eux. Ils…

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Au cœur de la Bolivie, le Chapare défie le pouvoir et protège son ancien président

Dans une région rurale du centre du pays, des cultivateurs de coca campent en plein état d’exception pour soutenir Evo Morales, réfugié chez eux. Ils refusent de céder face au gouvernement de Rodrigo Paz, qu’ils accusent de les discriminer et de vouloir reprendre le contrôle du territoire.

La tension est à son comble dans le Chapare, cette zone pauvre et reculée de Bolivie où l’ancien président Evo Morales a trouvé refuge. Malgré l’état d’exception qui interdit les rassemblements, des dizaines de producteurs de coca ont installé des campements en bordure d’un campement militaire. Ils protestent contre le gouvernement de centre droit de Rodrigo Paz, qu’ils jugent illégitime. Morales, lui, a choisi de ne pas obéir à un mandat d’arrêt émis à son encontre dans une affaire de traite présumée de mineure, qu’il nie fermement. « Je ne vais pas me rendre, celui qui négocie sa survie n’est pas digne », a-t-il lancé mardi dans un entretien. Lundi, il a annoncé une trêve dans les barrages routiers qui ont paralysé les villes boliviennes pendant près de deux mois, coupant l’accès à la nourriture, aux médicaments et au carburant. Mais la paix est fragile : des hommes restent en bord de route, prêts à reprendre le combat, protégés du soleil sous des bâches, à côté de blocs de pierre. Sur des pancartes, ils réclament la démission du président Paz. « La lutte continue jusqu’à ce que ce maudit gouvernement s’en aille », crie Rosalia Vilca, une vendeuse de 39 ans, sur la place de Shinahota. Elle défie le président : « Qu’il vienne ici si c’est un homme, nous allons nous défendre pour protéger Evito. »

La feuille de coca est partout dans le Chapare. Elle sèche au soleil sur les bords des routes, elle pousse dans des communautés rurales interdites aux étrangers. La Bolivie est le troisième producteur mondial de cocaïne, mais les habitants défendent un usage traditionnel et médicinal de la plante, hérité des coutumes indigènes. Plus de 90% de la production locale ne passe pas par le circuit autorisé, selon l’ONU, même si tout ne finit pas dans le narcotrafic. « Dans les villes, on dit que les gens du Chapare sont des narcotrafiquants, mais ce n’est pas vrai, ici on travaille », assure Zulma Torres, 42 ans, employée de gare. « Dans le Chapare, nous sommes prêts à donner notre vie pour Evo », ajoute-t-elle, face aux accusations du gouvernement Paz qui affirme sans preuve que les blocages sont financés par la drogue. L’ex-président vit dans son fief de Lauca Eñe, un village de 900 habitants, entouré d’une barricade de bois et de paille avec des miradors tenus par des hommes armés de lances et de talkies-walkies. Des familles entières campent à la belle étoile pour former un bouclier humain. Des soupes populaires mêlent quechua et espagnol.

Les conséquences économiques sont lourdes. Sur les routes du Chapare, des stands vendent des bidons d’essence à prix d’or, profitant de la pénurie qui frappait déjà le pays avant les blocages. « Nous sommes discriminés par le gouvernement central, il ne veut rien savoir de nous et l’essence n’entre même plus, on achète dans la rue à un prix démentiel, on est ruinés », déplore Nicolas Garcia, un chauffeur de 52 ans. Ces derniers jours, des coupures d’électricité ont touché la région, des représailles selon Evo Morales. Mario Flores, un marchand de légumes de 51 ans, prévient : « En agissant comme ça, ils ne feront qu’exciter davantage le peuple bolivien, ils provoquent la révolte. » Le bras de fer semble loin d’être terminé.

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