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Neuf perpétuités et des regrets, le procès des Français de l’EI à Bagdad

Vêtus d’orange et le visage rasé, ils défilent un par un devant le tribunal de Karkh depuis septembre. Neuf hommes ont déjà écopé de la perpétuité, alors…

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Neuf perpétuités et des regrets, le procès des Français de l'EI à Bagdad

Vêtus d’orange et le visage rasé, ils défilent un par un devant le tribunal de Karkh depuis septembre. Neuf hommes ont déjà écopé de la perpétuité, alors que leurs avocats français se voient refuser l’entrée en Irak.

Ils arrivent encadrés, en tenue orange, la barbe coupée. Depuis septembre, les détenus français soupçonnés d’avoir appartenu au groupe État islamique comparaissent tour à tour devant la justice irakienne, à Bagdad. Ils sont 47 à avoir été transférés dans le pays l’an dernier. À l’audience, presque tous formulent des regrets. Des mots qui ne gomment pas les exactions commises pendant des années en Syrie et en Irak.

Le contexte pèse sur chaque dossier. L’organisation a tenu de vastes territoires entre 2014 et 2017 et y a perpétré des massacres et des atrocités. Majoritairement composée d’Irakiens et de Syriens, elle a aussi attiré des combattants venus de l’étranger, dont environ 1 500 Français au fil des ans. La France, qui comptait l’un des plus gros contingents européens, hésite à rapatrier ses ressortissants, dans un pays marqué par plusieurs attentats et face à des opinions publiques souvent hostiles. Parmi les prévenus figure Adrien Guihal, un vétéran du jihad français qui a revendiqué au nom de l’EI l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016, 86 morts.

Les premiers verdicts sont tombés ces derniers jours. Neuf hommes ont été condamnés à la perpétuité, une peine qui équivaut à 20 ans derrière les barreaux en droit irakien. Un prévenu de 24 ans, emmené en Syrie par sa mère il y a plus de dix ans, a écopé de 15 ans. À l’énoncé de la sentence, sa voix a tremblé. « Je suis allé en Syrie, mais c’est ma mère qui a choisi pour moi. Quel est mon tort ? », a-t-il lancé en arabe. Moins de la moitié des 47 Français sont passés devant le juge jusqu’ici.

Certains récits se ressemblent. Kamel Ben Mbarek, 42 ans, dit avoir été « trompé par l’organisation alors même qu’il n’était plus tout jeune » et regrette d’être tombé dans le piège. Cet ancien chauffeur de la police islamique de l’EI à Raqa explique être parti au départ par « colère face aux exactions du régime » de Bachar al-Assad en 2011, avant d’adhérer à une idéologie « qui ne retenait que certains passages du Coran ». Une manipulation qu’il dit n’avoir comprise « seulement une fois en prison ». Adel Bouaoun, 28 ans, poursuivi pour des opérations à Alep et Palmyre, lâche un « je regrette tout ce que j’ai fait, j’ai tout perdu » et raconte les geôles administrées par les Kurdes en Syrie, les détenus morts, les « tortures physiques et psychologiques ». Un autre accusé, éborgné et amputé de la main droite, affirme s’être blessé en combattant pour le groupe. Lakhdar Sebouai, 34 ans, conteste la procédure et assure avoir seulement travaillé dans un magasin de téléphones. Thomas Barnouin, 45 ans, dont le verdict est attendu le 18 novembre, reconnaît un « devoir religieux de défendre les musulmans » mais dénonce une organisation qui appliquait « la loi de la jungle, et non celle de Dieu ».

Les conditions de ces procès font débat. Vaincu en Irak en 2017 puis en Syrie en 2019 par la coalition internationale dirigée par Washington, l’EI avait laissé derrière lui des milliers de personnes soupçonnées, avec leurs familles, dans des prisons et des camps. Début 2026, les nouvelles autorités syriennes en ont repris la gestion et l’armée américaine a transféré plus de 5 700 détenus de quelque 60 nationalités, dont au moins cinq Français, vers des établissements irakiens déjà surpeuplés. Des ONG pointent la rapidité d’une justice antiterroriste dont les verdicts reposent souvent sur des aveux extorqués. Les avocats français, eux, sont interdits d’accès au territoire. Mes Bagard et Marie Dosé, qui défendent une trentaine de prévenus, ont dénoncé des « traitements inhumains » et réclamé un procès en France. Deux conseils irakiens ont été désignés en leur absence et n’ont pas souhaité s’exprimer. Dans la salle, certains accusés ont paru émus en apercevant des proches venus de France. Le juge leur a accordé quelques minutes ensemble, à l’écart, après de longues années de séparation. Les familles, elles, n’ont rien dit à la presse.

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