Faits Divers
Urda, des familles entre larmes et colère après la collision ferroviaire
La collision de deux trains à grande vitesse à Urda a fait 69 morts et laisse 70 signalements de disparition. À Tolède, des proches attendent des…

La collision de deux trains à grande vitesse à Urda a fait 69 morts et laisse 70 signalements de disparition. À Tolède, des proches attendent des réponses, pleurent leurs morts et demandent que le pays tire les leçons de ce drame.
Francisco José Barbero Liébana avait 32 ans. Il travaillait à Madrid et rejoignait l’Andalousie pour passer quelques jours auprès de ses parents quand les deux trains à grande vitesse se sont percutés à Urda. À Tolède, son oncle Cecilio et sa tante Marisa sont venus au centre d’accueil des familles, sans nouvelles de lui. Dans l’enceinte de l’évêché, des agents de la Garde civile leur ont confirmé ce qu’ils redoutaient. Marisa parle d’une issue très dure et très triste, et d’un immense sentiment d’impuissance. La mère de Francisco José est dévastée. Elle consulte des psychologues, suit un traitement et va très mal. Cecilio et Marisa veulent malgré tout faire passer un message. Que cela ne se reproduise plus.
Le bilan s’élève à 69 morts. Les autorités ont reçu 70 signalements de disparition et ne savent pas encore combien de ces personnes figurent parmi les victimes. Seulement cinq victimes ont été formellement identifiées à ce stade, et le travail d’identification continue. Il s’agit du pire accident ferroviaire en Espagne depuis 2013 et du deuxième après Adamuz et ses 46 morts. Javier Barrio, lui, a perdu sa femme Carmen de Santana. Elle faisait pour la dernière fois le trajet Madrid-Séville pour son travail dans une grande entreprise espagnole avant de prendre sa retraite. Il n’a pas encore reçu de confirmation officielle ni de certificat de décès. Il dit que les probabilités sont trop faibles pour continuer à y croire. Sa douleur se mêle à une colère profonde. Il dénonce les capitalistes qui veulent l’argent au plus vite et réclame un changement de monde.
D’autres familles préfèrent se taire, le visage marqué et les larmes aux yeux. Certaines s’étreignent, encore bouleversées. Ricardo, ami d’une famille de victime, raconte sans dévoiler son identité que des parents sont restés sans savoir où se trouvait leur fils, avant d’apprendre qu’il était dans un sac mortuaire. Les nuits sont blanches et l’attente semble sans fin pour ceux qui guettent le moindre appel des autorités. Le climat politique est tendu, avec des élections législatives à venir. Esther San Emeterio, sans nouvelles de son frère Pepe, décrit une angoisse qui franchit un nouveau seuil. Elle raconte s’être couchée frustrée, en colère et honteuse que personne ne lui dise rien.
Cecilio ne limite pas sa peine à sa famille. Il demande qui osera monter dans un train désormais, alors que les voyageurs y montent déjà avec la peur. À ses yeux, cet accident doit réveiller le pays, après Adamuz. Beaucoup de vies ont été perdues. Il estime que les responsables politiques et la société entière doivent se demander pourquoi ce type d’accident peut encore arriver au XXIe siècle.
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