Nous rejoindre sur les réseaux

Faits Divers

À Suèvres, un village attend depuis près de quarante ans le procès de la petite Inass

Dans cette commune du Loir-et-Cher, les habitants veillent sur la tombe d’une fillette retrouvée morte au bord de l’A10 en 1987, longtemps restée sans…

Article

le

À Suèvres, un village attend depuis près de quarante ans le procès de la petite Inass

Dans cette commune du Loir-et-Cher, les habitants veillent sur la tombe d’une fillette retrouvée morte au bord de l’A10 en 1987, longtemps restée sans nom. Le procès de ses parents s’ouvre lundi à Blois, et beaucoup espèrent enfin refermer cette histoire.

Dans le vieux cimetière de Suèvres, entre Orléans et Tours, une tombe attire l’œil. C’est sans doute l’une des plus fleuries de l’allée. Là repose Inass Touloub, 4 ans, dont le corps avait été découvert le 11 août 1987 dans un fossé longeant l’A10, à hauteur de cette commune du Loir-et-Cher. Annick Denis, qui habite à côté, vient encore s’y recueillir, comme elle le fait depuis des années, en ajustant la pierre tombale couverte de dizaines de messages et de petits anges.

L’enfant est longtemps restée sans identité. Cela n’a rien changé au lien noué avec elle. Au fil des saisons, la fillette est devenue une figure familière du village, sa sépulture entretenue sans interruption. « Cette petite ne pouvait pas rester comme ça, dans l’inconnu. Toute la commune se l’est appropriée », raconte Annick Denis. Il a fallu trente ans pour apprendre qui elle était. « Encore aujourd’hui, cela me perturbe. Tout cela dépasse l’entendement », souffle-t-elle.

Au moment de la découverte du corps, personne n’imaginait un dossier aussi interminable. « Quand les gendarmes ont appelé, on pensait que l’affaire serait résolue en quelques jours », se souvient Raphaël Pilleboue, l’ancien maire, gardien de la mémoire de la fillette. Puis les enquêteurs ont établi les sévices subis par l’enfant, dont le corps portait de multiples morsures et ecchymoses. De cette violence est née une émotion qui n’a jamais retombé dans la commune.

Les parents ont été identifiés et interpellés en 2018, plus de trente ans après les faits. Huit années de contentieux et de recours ont ensuite été nécessaires, à la suite de plusieurs appels des parents, avant que l’affaire n’arrive enfin devant une juridiction. Le procès s’ouvre lundi devant la cour d’assises du Loir-et-Cher, à Blois. La mère, aujourd’hui âgée de 72 ans, comparaît pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort. Le père, 74 ans, pour complicité.

Dans cette commune de 1 600 habitants, l’audience sera suivie de près. Sandrine Bihel, qui tient le bar-restaurant face à la mairie, vit à Suèvres depuis 27 ans et s’attend à ce que le sujet revienne sur le comptoir, comme à chaque rebondissement judiciaire. Annick Denis redoute que bien des questions restent sans réponse. Elle veut au moins croire que ce procès permettra de conclure une histoire et de tourner la page, tout en gardant la fillette dans les cœurs.

Quelque 200 habitants se sont rassemblés il y a quelques jours devant la tombe pour une « photo de famille ». Jean Sannier, avocat de la commune constituée partie civile, mesure le sens de ce rendez-vous. Chaque journée passée sans justice rendue pèse, selon lui, sur le souvenir de l’enfant. Pour le conseil, ce village est devenu la famille d’Inass, le seul endroit où quelqu’un a gardé dans son cœur cette petite que tout le monde avait laissée tomber.

À lire aussi

Click to comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les + Lus