Monde
Hébron vidée, Cisjordanie verrouillée, la campagne se joue dans les rues palestiniennes
L’armée israélienne a fait quitter leurs logements à environ 2 000 Palestiniens d’un quartier d’Hébron et fermera toute la Cisjordanie le jour du scrutin…

L’armée israélienne a fait quitter leurs logements à environ 2 000 Palestiniens d’un quartier d’Hébron et fermera toute la Cisjordanie le jour du scrutin, mardi. Une escalade qui suit la mort de deux soldats et pèse déjà sur le vote de Benjamin Netanyahu.
L’annonce est tombée dimanche, dans un communiqué de l’armée. Le niveau politique a validé une interdiction d’entrée et de sortie pour les travailleurs palestiniens sur l’ensemble de la Cisjordanie et de la vallée du Jourdain, zones industrielles comprises. Tous les points de passage terrestres seront fermés pendant toute la journée de mardi, celle des élections législatives israéliennes.
Derrière cette mesure, une semaine sous tension. Deux soldats ont été tués plus tôt dans la semaine, et une attaque a visé vendredi un point de passage près d’Hébron, la plus grande ville de Cisjordanie occupée. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a affirmé que l’assaut avait été mené par le Hamas depuis un quartier de la ville. Il a ordonné son évacuation immédiate. Environ 2 000 personnes ont été poussées dehors. Elles ne pourront pas revenir tant que tous les problèmes liés au Hamas à Hébron ne seront pas réglés, a-t-il prévenu. L’armée annonce une quarantaine d’arrestations, parmi lesquelles des personnes présentées comme des terroristes affiliés au Hamas et au Jihad islamique, mais aussi des suspects de troubles à l’ordre public ou de jets de pierres.
Dans le quartier d’Ein Dir Baha, des immeubles portent une croix, signe qu’ils ont été vidés. Les rues n’accueillent plus que les véhicules de l’armée, déployée en force. Sur une maison des hauteurs flotte un drapeau israélien. Higazi Shawer al-Tamimi, commerçant de 70 ans, raconte s’être fait réveiller à une heure du matin. Comme ses voisins, il a eu deux heures pour faire ses valises, rassembler ses papiers et trouver où dormir. Il en attribue la cause à Benjamin Netanyahu, qui veut selon lui gagner le scrutin grâce au sang des Palestiniens. Et il prévient qu’il n’ira nulle part.
L’ampleur de l’opération reste difficile à cerner. Le gouverneur d’Hébron, Khaled Dudin, estime qu’elle touche pour l’instant un tiers de la ville. Le point de départ correspond au quartier d’où venaient les assaillants, mais rien ne garantit qu’elle s’arrêtera là, selon lui. Il dénonce une punition collective infligée à des civils innocents. Le maire, Youssef al-Jaabari, parle de 250 familles déplacées de force et promet des solutions d’hébergement d’urgence.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Benjamin Netanyahu joue sa survie politique mardi. Il s’était rendu à Hébron dès après l’attaque et avait laissé entendre qu’une opération de plus grande ampleur se préparait, comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours, en 1967. Son ministre des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite également en campagne, assure avoir personnellement ordonné des démolitions d’habitations jugées illégales. L’Autorité palestinienne, menacée par le Premier ministre d’une grosse surprise à venir, réclame de son côté des pressions internationales qui dépassent les simples condamnations. Son ministère des Affaires étrangères parle d’une action internationale urgente face aux menaces de déplacement et de destruction, et demande des mesures concrètes et dissuasives.
Le climat général, lui, se dégrade depuis des semaines. Des colons radicaux, tolérés voire soutenus par le chef du gouvernement, multiplient les raids contre les habitants palestiniens. L’organisation israélienne de défense des droits humains Yesh Din a recensé 672 incidents sur les 26 derniers jours, dont la moitié pendant la récolte des olives. Le Hamas, auteur de l’attaque du 7 octobre, n’a pas revendiqué celle de vendredi mais s’en est félicité et a appelé les Palestiniens à en commettre d’autres.
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