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À Thymaina, deux cousins sont les derniers élèves d’une île qui se vide

Sur ce caillou de dix kilomètres carrés perdu en mer Égée, l’école ne compte plus que deux enfants. Partout en Grèce, la chute des naissances pousse les…

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À Thymaina, deux cousins sont les derniers élèves d'une île qui se vide

Sur ce caillou de dix kilomètres carrés perdu en mer Égée, l’école ne compte plus que deux enfants. Partout en Grèce, la chute des naissances pousse les autorités à fermer des classes.

Dans la cour de l’école, deux gamins se courent après en agitant des feuilles de géranium séchées. « Allons faire la guerre ! », lance Yiorgos à son cousin Minas. Six ans pour l’un, neuf pour l’autre. À eux deux, ils forment l’effectif complet de l’école primaire de Thymaina, une île grecque d’une soixantaine d’habitants permanents, posée à l’est de la mer Égée.

Le décor n’a pas toujours été aussi silencieux. Manolis Mitikas, 77 ans, qui tient la cantine du port et tapote son backgammon, se rappelle une cour pleine. « Quand j’étais enfant, l’école accueillait près de 70 élèves. » Dans les années 1940, l’île dépassait même la centaine d’enfants, précise Marigo Kottara, adjointe au maire. Ancien repaire de pirates, Thymaina subit aujourd’hui ce que traverse tout le pays, un vieillissement qui grignote les villages et oblige Athènes à fermer des établissements.

Le mouvement est massif. Ces derniers mois, le ministère de l’Éducation a acté la fermeture de 43 jardins d’enfants et de 32 écoles primaires, faute d’élèves suffisants, parfois parce qu’il n’y avait plus personne du tout. Les statistiques nationales racontent la même histoire. Entre 2024 et 2025, la Grèce a compté 57.564 décès de plus que de naissances. Près d’un quart de la population a passé le cap des 65 ans, et moins de 13 % n’a pas encore 14 ans. Le pays est descendu sous les 66.000 naissances en 2025, contre environ 92.000 dix ans plus tôt et plus de 107.000 en 2005.

Sur place, les conséquences se vivent au quotidien. Plus de jardin d’enfants à Thymaina, et le collège a baissé le rideau depuis longtemps. Chaque matin, les six adolescents de l’île embarquent vers Fournoi, l’île voisine, pour rejoindre leurs cours. Pour les deux plus jeunes, un unique enseignant assure tout, le grec, les mathématiques, les arts plastiques, l’histoire, la religion et la musique. « S’il n’y a plus d’enfants, l’école fermera », regrette Marigo Kottara, croisée à la mairie de Fournoi, le chef-lieu de l’archipel auquel Thymaina appartient. « Malheureusement, nous n’avons plus d’enfants. »

L’éloignement complique encore les choses. Thymaina se situe près d’Ikaria et de Samos, à deux pas des côtes turques, mais le bateau venu du Pirée ne s’y arrête que deux fois par semaine, après huit heures de traversée au minimum. Depuis Fournoi, un petit ferry et des caïques font la liaison en dix minutes, plusieurs fois par jour. Sauf quand le temps se gâte. Les communications sautent alors régulièrement, laissant les habitants coupés du reste du monde pendant plusieurs jours.

Les autorités locales misent sur un autre atout. L’archipel de Fournoi abrite des criques isolées qui ont longtemps servi de refuge aux pirates, et un vaste programme du ministère de la Culture prévoit d’y créer des parcs archéologiques sous-marins pour attirer des visiteurs. La baisse du nombre d’écoles a par ailleurs provoqué la colère de la Turquie voisine, qui a dénoncé la fermeture de huit établissements réservés à la minorité turcophone.

Au sommet de l’État, le sujet est pris au sérieux. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis parle d’un « danger national ». Son gouvernement, qui affrontera les électeurs l’an prochain, promet des allègements fiscaux aux familles de trois enfants et des aides supplémentaires au-delà. Certaines collectivités n’ont pas attendu. À la rentrée, l’île de Nisyros, dans le Dodécanèse, a annoncé une prime de 3.000 euros par naissance. À Thymaina, on attend toujours des travaux pour le port et pour un réseau de routes non goudronnées. « Que sommes-nous censés faire ? Hisser le drapeau turc ? », s’emporte une habitante. Les projections ne rassurent personne, la population grecque pourrait passer sous les 9,2 millions d’habitants d’ici 2050.

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