Planète
Népal, des familles identifient leurs morts sur un écran
Quatre jours après une crue dévastatrice, les proches des victimes défilent devant des photos pour tenter de reconnaître les corps. Les erreurs se…


Quatre jours après une crue dévastatrice, les proches des victimes défilent devant des photos pour tenter de reconnaître les corps. Les erreurs se multiplient et les autorités enterrent déjà les morts dans l’urgence.
Shobha Adhikary a fixé l’écran pendant de longues minutes. Puis elle a su. Ce corps allongé sur la berge, c’était celui de son ami d’enfance, disparu dans la crue de mercredi. Elle a montré au volontaire une photo de Rajkumar, un homme souriant entre deux âges. « C’est clair, ça lui ressemble », a-t-elle insisté. Le volontaire lui a conseillé d’attendre une identification scientifique. Mais Shobha est déjà au téléphone avec la fille de son ami pour lui annoncer la nouvelle.
Rajkumar et sa femme Greta font partie des plus de 2 500 personnes portées disparues dans l’extrême nord du pays, à la frontière avec la Chine. Un glacier s’est effondré, la rivière a gonflé d’un coup. La vague a déferlé avec une violence rare, emportant ponts, routes, maisons et habitants. Plus de 750 corps ont été extraits de l’épaisse boue laissée par les flots. Dans le district de Chitwan, à plus de cent kilomètres du point de départ, plus de 250 victimes ont été retrouvées. La morgue de Bharatpur ne peut en accueillir qu’une vingtaine. Les cadavres sont stockés dans un local climatisé prêté par l’association des commerçants.
Face à cette hécatombe, l’identification est un casse-tête. Neuf corps à peine ont été officiellement reconnus. Pour les autres, les familles doivent regarder des photos qui défilent sur un écran. Un exercice douloureux, et parfois trompeur. Le volontaire Devendra Poudel raconte une scène troublante. Deux familles différentes ont affirmé qu’il s’agissait de leur proche sur la même image. Mais en voyant le corps en vrai, une femme a changé d’avis. Son mari ne portait pas de tatouage au bras.
Le temps presse. Dimanche, les autorités ont procédé aux premiers enterrements pour des raisons sanitaires. Avant de mettre les corps en terre, des échantillons d’ADN ont été prélevés. Pour les victimes hindoues, il s’agit d’une mesure provisoire, le temps de l’identification formelle. Leurs familles pourront ensuite les exhumer et suivre la tradition de la crémation. Dans une clairière aux abords de Bharatpur, des ouvriers ont creusé des dizaines de tombes.
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