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À Kiev, une mère tient le quotidien à bout de bras malgré les drones et les coupures

Anastassiia travaille à l’hôpital, élève trois enfants et organise chaque heure en fonction des alertes. Entre les drones, les nuits hachées et les pannes…

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À Kiev, une mère tient le quotidien à bout de bras malgré les drones et les coupures

Anastassiia travaille à l’hôpital, élève trois enfants et organise chaque heure en fonction des alertes. Entre les drones, les nuits hachées et les pannes de courant, chaque trajet et chaque décision pèsent sur elle.

Au loin, une détonation s’éteint et l’alerte aérienne se termine. Anastassiia Jmoutska peut enfin accompagner Oreste, 14 ans, jusqu’à l’école. À Kiev, cette femme de 44 ans, mère de trois enfants et employée d’un hôpital, court après le temps depuis longtemps. La guerre lui a ajouté une charge de plus depuis la fin de l’été. Les nuits sont découpées par les sirènes et les explosions. Les jours suivent le même rythme, alors que la Russie multiplie les attaques de drones à réaction. Plus de 190 personnes ont été tuées dans la capitale depuis le début de l’année.

Anastassiia organise la maison comme un planning de crise. Elle doit conduire le cadet à l’école, garder un œil sur l’aîné de 19 ans et protéger la petite de 5 ans. La veille, elle a envoyé cette dernière avec son père dans une maison secondaire, loin des frappes. Avant de partir, elle vérifie son sac. Deux batteries externes s’y trouvent. Elle les rechargera à l’hôpital, où le courant reste disponible. Car après les supermarchés et les stations-service, les attaques russes visent désormais le réseau électrique. Les coupures changent tout. Quand l’électricité revient dans l’appartement, elle se précipite pour lancer une machine. Pour le reste, une guirlande de Noël lui sert de lampe. En presque cinq ans d’invasion, elle a toujours trouvé une solution, dit-elle. Chaque jour, les tâches se compliquent. Elle n’a pas le choix, il faut les résoudre.

À l’école, Oreste s’assoit seul à son pupitre, regard baissé sous sa frange blonde. Les visages fatigués arrivent peu à peu. La nuit précédente, des missiles ont encore tenu la capitale éveillée. La professeure de littérature, Nadia Cherekhor, le constate. La qualité des cours baisse parce que la capitale ne parvient pas à dormir, explique-t-elle. Une minute de silence rend hommage aux morts depuis le début de l’invasion. Les élèves se lèvent, mains sur le cœur, pendant que l’hymne ukrainien résonne. Le cours reprend, entrecoupé d’étirements pour aider les enfants à supporter l’anxiété. Puis des drones russes approchent. Nouvelle alerte. Dans les rires et les cris, les élèves traversent la cour et descendent dans le sous-sol de l’école. Ils s’entassent, chacun cherche un coin de table pour poser ses cahiers. L’anglais et les mathématiques se mélangent dans l’écho du couloir étroit. Oreste s’est habitué aux abris et aux détonations. Ces derniers mois, il se sent plus nerveux. Il garde tout pour lui, reconnaît-il. Au-dessus de l’école, un drone hurle. Entre les immeubles, la défense antiaérienne crépite. Un homme observe le ciel. Le drone s’éloigne et meurt dans une détonation.

À l’hôpital, Anastassiia parle avec ses collègues des conserves à acheter et de l’eau à stocker. Elle réfléchit sans arrêt à l’organisation. Le plus dur, confie-t-elle, est de décider. Elle porte en permanence le poids des responsabilités. Son téléphone reste à portée de main. Elle passe d’un groupe WhatsApp de l’école aux chaînes Telegram qui suivent les drones russes, puis vérifie la position GPS d’Oreste. Quand il quitte l’école pour la gymnastique, elle a déjà contrôlé l’itinéraire, les alertes et le fonctionnement du métro avant même qu’il lui écrive. Oreste rêve de devenir athlète olympique. Sa mère veut que les coupures ne paralysent pas ses trajets. Cette vigilance a changé de dimension lorsqu’un drone russe a frappé un centre d’affaires situé entre leur domicile et l’école. Un élève qui attendait son bus a été grièvement blessé. Anastassiia se souvient des fragments tombés sur son immeuble.

En fin de journée, la famille se retrouve dans la maison secondaire, sur l’autre rive du Dniepr. L’endroit est reposant. Pour y arriver, il faut affronter les embouteillages. Le pont Sud, fermé après des tirs russes la semaine précédente, complique tout. Aux heures de pointe, le trafic devient chaotique et le trajet s’allonge. Anastassiia envoie un dernier message avant que son téléphone ne s’éteigne. Elle demande à sa fille de l’attendre avant de dormir. Le bonbon promis est dans son sac. Quand on lui demande où se trouve sa limite avant de quitter Kiev, elle reste silencieuse quelques secondes. Elle se pose constamment la question. Et elle n’a pas de réponse.

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