Société
Violences et pillages, une mobilisation qui déborde le maintien de l’ordre
Après une journée de mobilisation contre la vie chère marquée par des pillages et des violences, élus, policiers et chercheurs pointent un Etat dépassé et…


Après une journée de mobilisation contre la vie chère marquée par des pillages et des violences, élus, policiers et chercheurs pointent un Etat dépassé et un dispositif de maintien de l’ordre à bout de souffle. La comparaison avec les gilets jaunes, les émeutes de Nanterre et les débordements après un sacre du PSG en Ligue des champions résume l’ampleur d’un phénomène qui ne se réduit pas à la seule question policière.
La mobilisation contre la vie chère a pris un tour que peu de responsables avaient anticipé. Des violences et des pillages ont éclaté dans plusieurs villes, et le bilan interroge bien au-delà du seul cadre du maintien de l’ordre. Un proche du président Emmanuel Macron a résumé l’ampleur en comparant cette journée aux cinquante-cinq mille manifestations des gilets jaunes étalées sur seize mois. Élus, policiers et spécialistes parlent d’une situation inédite, comme un mélange entre le mouvement des gilets jaunes, les émeutes après la mort de Nahel Merzouk à Nanterre en 2023 et les débordements survenus lors de la victoire du PSG en Ligue des champions, mais en version XXL.
Le dispositif policier est au cœur des critiques. Un spécialiste du maintien de l’ordre le juge clairement sous-dimensionné et estime que les services de renseignement ont mal évalué la mobilisation. Les autorités tablaient sur 150 000 personnes en province et sur 40 000 à 80 000 manifestants à Paris. Le ministre de l’Intérieur a ensuite annoncé 550 000 manifestants au total, dont 110 000 à Paris. Un haut fonctionnaire nuance cependant. Les forces ont été submergées, mais la mobilisation était forte partout en France. Les effectifs ne permettent pas de couvrir tout le territoire et il faut faire des choix. Grégory Joron, de Un1té police, dénonce des équipes de terrain débordées. Un autre connaisseur du maintien de l’ordre pense que davantage de policiers et de gendarmes n’auraient pas changé grand-chose. Pour lui, il ne s’agissait pas d’une foule à encadrer mais de violences et d’émeutes. Un préfet du Sud résume le basculement en parlant du passage du maintien de l’ordre au rétablissement de l’ordre. Le préfet du Rhône Etienne Guyot évoque à Lyon un déchaînement de violence inédit, comme ailleurs.
Le haut fonctionnaire cité plus haut parle d’un soulèvement populaire. Au départ, une mobilisation d’ultragauche voulait casser en centre-ville et des pilleurs ont profité du chaos. Puis des M. et Mme Tout-le-monde sont venus se servir, comme si la fin du monde justifiait de fumer un cigare à 1 000 euros qu’on ne peut pas s’offrir. Le maire PS de Nancy Mathieu Klein parle d’un Etat dépassé et d’un manque criant de dialogue. Sa ville a aussi été touchée par des pillages. Le maire LR de Limoges Guillaume Guérin estime que la police a reculé face aux casseurs, à Limoges comme ailleurs. Il accuse l’Etat d’avoir abandonné ses policiers nationaux face à ce qu’il appelle des hordes sauvages.
Pour le sociologue Fabien Truong, cette séquence est une révolte. Elle montre la déconnexion des responsables face aux inégalités sociales. Il reconnaît un problème de comportement de certaines forces de l’ordre, la police ne pouvant ni châtier, ni punir, ni insulter. Mais il insiste sur l’éloignement très fort du gouvernement par rapport au réel. Les antennes ne sont pas au bon endroit pour capter ce que vivent les gens. Le gouvernement raisonne en faits divers. Ses membres savent gérer une crise d’entreprise, pas une société. Les gens ne se révoltent pas par plaisir, même ceux qui cassent. Les chercheurs en sciences sociales ne sont plus écoutés ni consultés depuis des années. Quand on vit dans une grande précarité, on est en état d’urgence permanent. Il faut une réponse politique.
Un policier placé en marge du cortège parisien a été frappé par le nombre de personnes casquées, gantées et masquées venues en découdre. Pour lui, ce n’était pas seulement de l’hostilité envers la police, c’était de la haine. Rudy Manna, du syndicat Unsa police, a décrit à Marseille des scènes de violences de haute intensité. Il affirme que certains voulaient tuer un flic. Plusieurs hauts responsables policiers alertent sur le risque que les agents posent le casque. Pour les policiers, l’enjeu immédiat est de tenir sans perdre le contrôle de la rue. Pour les habitants et les élus, il s’agit de retrouver de la sécurité et du dialogue.
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