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Le lendemain des pillages, la France compte ses dégâts et s’interroge sur les responsabilités

Près de 1.500 commerces saccagés, environ 2.000 interpellations et 600 blessés dans les rangs des forces de l’ordre. Au lendemain d’une mobilisation…

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Le lendemain des pillages, la France compte ses dégâts et s'interroge sur les responsabilités

Près de 1.500 commerces saccagés, environ 2.000 interpellations et 600 blessés dans les rangs des forces de l’ordre. Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a tourné aux pillages, la classe politique se déchire sur les responsabilités.

Des devantures éventrées, des rues couvertes de débris, des alarmes qui sonnent encore. Plusieurs villes françaises se sont réveillées dimanche dans un état de délabrement. La journée de contestation, tombée le jour du huitième anniversaire de l’apparition des gilets jaunes et après des semaines de tensions dans les lycées, a laissé un goût amer. Environ 2.000 personnes ont été interpellées et 600 membres des forces de l’ordre ont été blessés, selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.

La fièvre n’est pas retombée. Dimanche en début d’après-midi, la place de la République à Paris, cœur des violences de la veille, a de nouveau été le théâtre d’affrontements. La préfecture de police a fait disperser un rassemblement non déclaré. Emmanuel Macron doit s’exprimer à 20 heures, après avoir rassemblé ses principaux ministres à 17 h 30. Laurent Nuñez enchaînera sur TF1, avant un déplacement lundi à Marseille, l’une des villes les plus durement frappées. À Rennes, pourtant rompue aux manifestations tendues, un représentant des forces de l’ordre confie son effarement. « Je n’ai jamais vu ça, même au plus fort des gilets jaunes. »

Le monde du commerce encaisse. Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution, estime à au moins 1.500 le nombre de commerces pris pour cible, avec des dégâts chiffrés en « plusieurs centaines de millions d’euros ». À Lyon, des habitants sont venus spontanément déblayer le centre-ville. « Je me suis levée, j’avais une gueule de bois, j’étais abasourdie, je n’avais pas de mots et je voulais me sentir utile », raconte Clémentine, 47 ans. Le préfet du Rhône, Etienne Guyot, parle d’une ampleur « inédite partout en France ». À Paris, des riverains ont épaulé le millier d’agents de propreté mobilisés avant l’aube. À Marseille, la porte principale de la mairie, forcée la veille, est consolidée avec des planches, sous la garde de deux voitures de police.

Dans la capitale seule, 855 personnes ont été interpellées, un chiffre record selon la préfecture de police. Le parquet de Paris recense 557 gardes à vue, dont 151 mineurs, et des arrestations qui se sont poursuivies jusqu’à environ 6 heures du matin. Quartier République, l’alarme d’un magasin Marionnaud pillé retentissait encore en matinée. Un peu plus loin, la vitrine éventrée d’un Darty était surveillée par un agent de sécurité et un chien muselé.

Le débat porte désormais sur la capacité de l’État à contenir les débordements. « Des rues entières ont été méthodiquement ravagées », déplore le maire de Paris Emmanuel Grégoire. Sa première adjointe, Lamia El Aaraje, pointe un manque de moyens policiers face aux pillages. À Limoges, où l’hôtel de ville a brûlé, le maire Guillaume Guérin estime que la police nationale a manqué de moyens et reculé. « L’État a abandonné ses policiers nationaux face à des hordes de sauvages », tance l’élu. À Marseille, Benoît Payan réclame des explications. « Je veux savoir ce qui s’est passé. Je veux savoir pourquoi, dans cette ville, des gens ont pu impunément casser. »

Les responsabilités remontent jusqu’au ministre de l’Intérieur. Marine Tondelier juge qu’il n’a pas d’autre issue que la démission, lui reprochant son incapacité à anticiper un dispositif adapté. Le Rassemblement national tient le même langage, estimant que dans une démocratie normale Laurent Nuñez aurait déjà quitté son poste. À Lille, le préfet du Nord Bertrand Gaume reconnaît une mobilisation bien plus forte que prévu. « Le travail de renseignement est en cours pour comprendre comment nous sommes passés d’une dizaine de milliers de personnes auxquelles nous nous attendions, à plus du double. » Yaël Braun-Pivet a annoncé une commission d’enquête parlementaire sur les violences, qui couvrira aussi la stratégie de maintien de l’ordre. Les socialistes du Sénat réclament la même chose.

Le bilan humain inquiète tout autant. Samedi, plusieurs manifestants ont été blessés, dont un jeune de 17 ans qui a eu la main arrachée à Saint-Etienne. L’inspection générale de la gendarmerie nationale a été co-saisie avec celle de la police. À Paris, un participant est mort des suites d’un malaise, sans lien avec les violences selon les autorités. Le Premier ministre Sébastien Lecornu parle d’un « miracle » que le bilan ne soit pas plus lourd, et prévient que la facture des dégradations sera lourde. Le ministre de l’Économie Roland Lescure promet que ceux qui cassent payeront et répareront.

La crise a dépassé les frontières. Donald Trump a écrit que la France brûlait, jugeant le pays brisé par l’immigration. À l’inverse de l’indignation générale, l’un des co-organisateurs de la journée apporte son soutien aux révoltes qui éclatent selon lui partout dans le pays. « L’État et les multinationales écrasent jour après jour la vie de millions de personnes. La révolte contre cette violence est légitime », affirme Benjamin Ball, éditeur du site 17octobregiletjaune.net.

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