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Rue de Trévise, le procès qui rouvre les plaies

Plus de sept ans après l’explosion au gaz qui a fait quatre morts et environ 200 blessés, la Ville de Paris et le syndic de l’immeuble doivent enfin…

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Rue de Trévise, le procès qui rouvre les plaies

Plus de sept ans après l’explosion au gaz qui a fait quatre morts et environ 200 blessés, la Ville de Paris et le syndic de l’immeuble doivent enfin répondre de leurs responsabilités. Les victimes attendent des explications, des excuses et une réparation complète.

Le souvenir reste intact pour Ameroche Tahir-Kaci. Ce technicien de maintenance de 60 ans prenait un café devant l’hôtel où il travaillait, dans une petite rue proche des Grands Boulevards, quand le rez-de-chaussée de l’immeuble d’en face a été soufflé par une déflagration. Les façades vitrées des bâtiments voisins se sont effondrées. Lui a d’abord pensé à un attentat. Il revoit sa collègue plaquée contre un mur, une jambe arrachée, du sang partout, des cris et des touristes sortis en sous-vêtements. L’explosion, provoquée par la rupture d’une canalisation de gaz, a tué quatre personnes. Deux pompiers de 28 et 27 ans, arrivés peu avant après avoir été alertés par une odeur de gaz, une touriste espagnole de 38 ans et une femme de 28 ans qui vivait au-dessus du point de départ de la déflagration. Environ 200 personnes ont été blessées.

Ameroche Tahir-Kaci fait partie des blessés les plus graves. Il décrit un trou immense dans le ventre, au point que les intestins étaient visibles. Des victimes ont été soignées à l’hôpital militaire pour des blessures comparables à celles de la guerre. Amor Ben Taziri, réceptionniste de l’hôtel, a perdu un œil. Il marche avec une canne et souffre de fractures multiples qui l’empêchent de retravailler. Il dit vivre dans la peur permanente, comme si un nouveau coup pouvait survenir à tout instant. Pour l’une des avocates des parties civiles, Samia Maktouf, ces rescapés présentent les mêmes symptômes de stress post-traumatique que des victimes d’attentats.

Linda Zaourar, 47 ans, ancienne directrice des deux hôtels voisins, reste hantée par ce qu’elle aurait pu changer. Elle avait senti le gaz avant l’explosion. On lui avait répondu que ce n’était pas possible, puisque l’hôtel était relié au réseau de chaleur de Paris. Elle a compris plus tard que l’odeur venait de l’immeuble d’en face. Elle préside l’association des victimes et rescapés de la rue de Trévise. Elle repense sans cesse au couple de touristes espagnols venus découvrir Paris pour la première fois. Le mari, Luis Miguel, avait réservé une surprise à sa femme. Ils étaient arrivés de Madrid juste avant. Linda Zaourar avait voulu leur donner une chambre sur rue. Elle se répète qu’avec une chambre sur cour, Laura serait encore vivante et que ses trois enfants ne seraient pas orphelins. Licenciée pour incapacité, elle n’a pas pu reprendre son poste. Elle décrit une boucle qui ne se referme jamais, un tunnel dont les victimes ne sortent pas.

Près de huit ans après les faits, la Ville de Paris et le syndic de l’immeuble comparaissent devant le tribunal correctionnel, notamment pour homicides involontaires. Pour Dominique Paris, 75 ans, présidente de Trévise ensemble, l’approche de l’audience réactive le drame et les difficultés d’indemnisation. Cette sinistrée n’a retrouvé son appartement qu’en 2025. Elle raconte un long combat pour faire reconnaître l’ensemble des préjudices. Il a fallu trois ans pour aboutir à un accord-cadre d’indemnisation en 2022 avec la Ville de Paris, alors dirigée par la socialiste Anne Hidalgo. Dominique Paris garde un sentiment d’abandon. Elle reproche à la mairie centrale de ne pas avoir considéré les victimes et note qu’Anne Hidalgo venait aux cérémonies d’hommage sans son écharpe tricolore.

Du procès, Dominique Paris attend que les responsabilités soient établies et que des excuses soient présentées. Samia Maktouf espère que l’audience permettra de comprendre les circonstances du drame et de faire reconnaître pleinement les préjudices matériels, psychologiques et professionnels. L’avocate regrette toutefois que seules des personnes morales soient jugées. Pour elle, derrière une institution se trouve forcément une personne physique qui a commis de graves négligences.

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