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À Bangkok, la rue conteste les coupes budgétaires du FMI

Des producteurs et militants venus de loin refusent les coupes budgétaires imposées aux pays endettés. À Bangkok, la colère sociale se mêle aux débats des…

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À Bangkok, la rue conteste les coupes budgétaires du FMI

Des producteurs et militants venus de loin refusent les coupes budgétaires imposées aux pays endettés. À Bangkok, la colère sociale se mêle aux débats des grandes institutions financières.

Sombat Chuekrod, producteur de noix de coco, a fait plus de 200 kilomètres pour gagner Bangkok. Il vient protester contre la discipline budgétaire réclamée aux pays en développement par le FMI et la Banque mondiale. Derrière des banderoles qui demandent une réforme des institutions, cet homme de 51 ans explique vouloir que ces organismes repensent leur rôle. Il rappelle que les Thaïlandais sont déjà pauvres et demande qu’on ne les appauvrisse pas davantage.

Ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales et autres responsables politiques sont réunis à Bangkok pour les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Ils doivent chercher des réponses à la poussée inflationniste. Le message du FMI est net. Après les crises économiques, la pandémie de Covid et les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, la dette mondiale est trop élevée et les gouvernements doivent réduire leurs dépenses. Les manifestants veulent l’inverse. Ils réclament une annulation partielle de la dette, davantage de financement pour l’adaptation au changement climatique et des réformes fiscales. Lidy Nacpil dénonce des gouvernements du Sud global contraints de réduire la santé publique, l’éducation et la protection sociale pour rembourser des dettes qu’elle juge illégitimes, contractées auprès de pays riches et de créanciers privés.

Amitabh Behar, directeur exécutif d’Oxfam, parle d’une urgence des inégalités et conteste les appels du FMI à l’assainissement budgétaire. Selon lui, cette voie renchérira les prix et pourrait conduire à la faim. Il anticipe de nouvelles coupes dans la santé, l’éducation et la protection sociale de base, au moment où ces dispositifs sont les plus nécessaires.

Le FMI a relevé ses prévisions de croissance mondiale et évoque une résilience inattendue de l’activité. Il avertit toutefois que cette prospérité reste très inégalement répartie et que les pays les plus vulnérables continuent de décrocher. Petya Koeva Brooks, directrice adjointe du département de la recherche du FMI, affirme que ces pays n’ont pas d’autre choix que de rééquilibrer leurs finances publiques, en réduisant leurs dépenses ou en augmentant leurs recettes. Le Fonds recommande notamment de mieux cibler les subventions à l’énergie et à l’alimentation mises en place pour amortir les effets de la guerre au Moyen-Orient. Une manifestante conteste cette logique et demande à partir de quel seuil de pauvreté une personne mérite une aide.

Reza Baqir, ancien gouverneur de la banque centrale du Pakistan devenu membre d’un cabinet de conseil, connaît la difficulté de concilier les besoins des citoyens avec les exigences d’un programme du FMI. Il y voit un moyen de renforcer les ressources propres et les marges budgétaires des pays, de réduire leur dépendance au FMI et de soutenir leurs citoyens de manière ciblée et prudente. Christina Segal-Knowles, de la Fondation Rockefeller, estime que les pays en développement se voient offrir deux mauvaises options, s’endetter à des taux d’intérêt très élevés ou procéder à des coupes budgétaires drastiques. Dans les rues de Bangkok, les manifestants se préparent à passer la nuit sous un échangeur routier. Supaporn Malailoy témoigne que les citoyens réunis sont des parties prenantes des négociations. Pour elle, il ne s’agit pas seulement d’emprunter de l’argent, mais de définir la structure et l’orientation du développement du pays.

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