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En Sibérie, les ours s’aventurent près des routes et des villages, et les rencontres tournent parfois mal
Daria Tiourneva a filmé un ourson perché dans un arbre au bord d’une route de la région d’Irkoutsk. Ce moment insolite accompagne une réalité plus dure…


Daria Tiourneva a filmé un ourson perché dans un arbre au bord d’une route de la région d’Irkoutsk. Ce moment insolite accompagne une réalité plus dure, avec au moins 26 personnes tuées par des ours en Russie.
Au bord d’une route de la région d’Irkoutsk, Daria Tiourneva a d’abord aperçu une tache sombre dans un arbre. En s’approchant, elle a compris qu’un ourson s’y était installé. Elle et ses compagnons se sont arrêtés sans couper le moteur, conscients que la mère pouvait rôder et qu’il faudrait repartir vite. La scène a été filmée et a beaucoup circulé.
Derrière ce tableau presque attendrissant, la cohabitation tourne parfois mal. Un bilan officiel fait état d’au moins 26 personnes tuées en Russie, dont sept dans la région de Krasnoïarsk, un territoire sibérien plus de quatre fois grand comme la France métropolitaine. Un bûcheron de 39 ans qui gardait du matériel dans un hangar en forêt est mort après une attaque en pleine nuit.
Les rencontres se multiplient aux abords des villages. Des ours s’approchent des maisons et gambadent dans les rues. Vladimir Odoulo, pêcheur en Extrême-Orient russe, a survécu à un corps-à-corps avec une ourse qui s’est ruée sur lui au bord d’une rivière. Il en est sorti avec de graves contusions à la tête et aux jambes.
Le nombre d’attaques reste stable, entre 20 et 30 par an selon les données disponibles. Mais la population d’ours bruns a plus que doublé, passant d’environ 130 000 à quelque 307 900 individus. Guénnadi Krasnikov, président de l’Académie des sciences de Russie, évoque une pénurie de nourriture qui pousse les animaux à chercher de nouveaux territoires, ainsi qu’un réchauffement climatique qui modifie les migrations. Les militants écologistes russes pointent aussi la destruction des forêts, les coupes de bois et la construction d’immeubles, qui privent les ours de leur base alimentaire.
Près du lac Baïkal, Mikhaïl Strelkov, inspecteur pour la protection de l’environnement, parle d’une année de disette. Il affirme que c’est la première fois que tant d’ours sont observés dans la zone qui lui est confiée. Les pignons manquent, cet aliment principal qui permet aux ours de faire des réserves de graisse avant l’hibernation. Avec son équipe, il recense les excréments et les traces sur les sentiers. Si un ours s’aventure dans une zone habitée ou va jusqu’à tuer un humain, il est traqué et abattu. Des couvre-feux ont été instaurés dans certaines municipalités et des groupes de chasseurs se sont constitués pour lutter contre les animaux agressifs. Les chiffres officiels font état de 3 440 ours jugés dangereux abattus.
À l’entrée du sentier de grande randonnée du lac Baïkal, la touriste Alla voit la pancarte qui signale la présence d’ours. Elle rebrousse chemin, sans dramatiser. « C’est pas bien grave. Peut-être que je reviendrai. Peut-être en été ou peut-être en hiver, quand ils hiberneront. »
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