Économie
L’usine de pâte à papier de Tarascon, entre nuisances et craintes pour l’emploi

Symbole industriel des Bouches-du-Rhône depuis 1951, l’usine Fibre Excellence Provence suscite des sentiments contrastés entre les riverains excédés par les odeurs et les salariés inquiets pour leur avenir professionnel.
Installée en bordure du Rhône, la manufacture de pâte à papier Fibre Excellence Provence (FEP) à Tarascon divise profondément. Sa cheminée bicolore, visible dès l’entrée sud de la cité, dégage depuis des décennies des effluves soufrés que les habitants comparent à des œufs pourris ou à du chou-fleur cuit. Pourtant, malgré ces nuisances olfactives récurrentes, l’établissement emploie 270 personnes et représente un pilier économique local.
Alors que la société est placée en redressement judiciaire et risque la liquidation, les positions s’affrontent. Certains riverains, comme Aurore Viviani, dont la fille étudie à proximité du site, minimisent les désagréments. Ils considèrent l’usine comme un élément indissociable du paysage tarasconnais. D’autres, à l’image de Bruno Eymeric, maraîcher, dénoncent avec virulence ce qu’ils qualifient de « poubelle » et redoutent un accident majeur en raison du vieillissement des équipements.
Les autorités sanitaires restent vigilantes. L’organisme Atmosud, chargé de la surveillance de la qualité de l’air, confirme que les signalements d’odeurs correspondent à des pics d’hydrogène sulfuré émis par l’usine. Santé Publique France recense des symptômes variés chez les habitants, allant des maux de tête aux nausées en passant par des irritations respiratoires. Bien que les émissions actuelles demeurent en deçà des seuils critiques, l’Agence régionale de santé estime que les gênes répétées constituent une atteinte à la santé publique.
La direction de FEP affirme avoir investi plus de quatre millions d’euros pour réduire les nuisances et conteste une mise en demeure administrative concernant le remplacement des évaporateurs de sa cheminée. Elle indique une baisse de 25% des réclamations en 2025, un constat que ne partage pas Atmosud.
L’histoire de ce site industriel est jalonnée de difficultés financières. Déjà en 2020, l’entreprise avait bénéficié d’un plan de sauvetage après un précédent redressement judiciaire. Aujourd’hui, le groupe propriétaire, également à la tête de l’usine de Saint-Gaudens en Haute-Garonne, a refusé une proposition de l’État visant à augmenter le tarif de rachat de l’électricité produite par l’usine. Cette activité complémentaire, basée sur la combustion de déchets de bois, est devenue déficitaire en raison de la hausse des cours de la matière première.
Face à cette impasse, la région Occitanie envisage de réclamer au groupe le financement de la dépollution des deux sites, estimée à 500 millions d’euros, en cas de liquidation judiciaire. Les associations écologistes, de leur côté, dénoncent un chantage à l’emploi et réclament des mesures fermes contre les pollutions persistantes.

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