Économie
LVMH face à la défiance des rédactions

Le groupe de luxe, qui poursuit son expansion dans la presse économique, est contesté par les journalistes de Challenges. Ces derniers, soutenus par des syndicats et Reporters sans frontières, ont saisi le Conseil d’État pour préserver l’indépendance éditoriale du titre.
L’acquisition du magazine Challenges par LVMH, intervenue fin 2025 avec les titres scientifiques Sciences et Avenir et La Recherche, suscite une vive opposition en interne. Les représentants des journalistes ont déposé un recours en référé devant le Conseil d’État. Ils estiment que cette opération, non soumise à un examen des autorités, menace la diversité de l’information économique en France. Le groupe dirigé par Bernard Arnault contrôle déjà Les Echos-Le Parisien, Investir, le quotidien L’Opinion et le site L’Agefi.
La principale inquiétude des équipes concerne l’abandon de leur charte d’indépendance. Ce document, dénoncé par le nouveau propriétaire fin février, accordait à la rédaction un droit de regard sur la nomination de son directeur et affirmait son attachement à une économie sociale de marché. Une motion de défiance avait été adoptée à une large majorité par les salariés des trois titres concernés quelques jours plus tôt.
Les journalistes redoutent également une modification en profondeur de la ligne éditoriale. Ils citent notamment le classement annuel des plus grandes fortunes françaises, une publication phare du magazine. Par ailleurs, une proposition de la direction visant à revaloriser la clause de cession – un dispositif permettant de quitter l’entreprise avec indemnité après un changement d’actionnaire – est perçue comme un risque de départs massifs. Selon les syndicats, cette mesure incitative pourrait affaiblir durablement la rédaction.
Les requérants s’appuient sur le règlement européen sur la liberté des médias, entré en vigueur l’an dernier. Ce texte impose aux États membres d’évaluer les concentrations dans le secteur au regard du pluralisme. Sa non-transposition en droit français est au cœur de l’argumentaire déposé devant la haute juridiction. Le groupe LVMH n’a pas souhaité réagir à ces démarches.

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