Économie
Le renouveau des alpages savoyards après l’épreuve sanitaire

Alors que la dermatose nodulaire a contraint les éleveurs à des abattages massifs cet été, la reconstitution des troupeaux s’organise désormais dans un élan de solidarité remarquable.
Nicolas Prud’homme accueille avec soulagement les nouvelles Montbéliardes qui descendent prudemment du camion dans son exploitation de Saint-Ferréol. L’éleveur laitier, également président syndical local, a dû sacrifier soixante-huit bêtes cet été pour endiguer la propagation de l’épizootie. « C’était une période très difficile, avec des moments durs à vivre », reconnaît-il sobrement. Mais en ce jour ensoleillé de novembre, l’espoir renaît à mesure que les animaux prennent possession de leurs nouveaux quartiers.
Le choix des bêtes relève d’une stratégie mûrement réfléchie. Nicolas s’attarde sur Oasis, une vache au bassin large et aux aplombs solides, dont la mamelle reste performante après cinq mises bas. « Le troupeau représente un effectif, à l’image d’un club de football », explique-t-il en souriant. Les éleveurs recherchent ces animaux d’exception qui deviennent le travail de toute une vie. La perte de deux sujets au patrimoine génétique exceptionnel cet été reste particulièrement douloureuse.
La solidarité entre professionnels s’est manifestée avec force dans cette épreuve. Thierry Dumoulin, éleveur savoyard, a préféré céder Oasis à son confrère plutôt que de la garder dans son propre cheptel. Un geste qui dépasse la simple transaction commerciale. « Autant faire plaisir à des éleveurs qui se sont sacrifiés pour les autres », commente le vendeur, dont la famille avait elle-même subi l’épizootie de brucellose dans les années 1990. Il connaît trop bien le traumatisme que représente la perte d’un troupeau.
Les arrivées de bêtes s’échelonnent désormais régulièrement. Trois vaches la semaine dernière, huit un matin puis trois l’après-midi, le rythme s’accélère pour reconstituer progressivement les effectifs. Cette acclimatation progressive permet aux animaux de s’adapter à leur nouvel environnement alpin où leur lait servira à produire le traditionnel reblochon.
Face à la maladie transmise par des insectes piqueurs mais inoffensive pour l’homme, les autorités sanitaires avaient opté pour l’abattage systématique des troupeaux contaminés, une mesure controversée doublée d’une vaste campagne vaccinale. Sur les 2 700 animaux sacrifiés en France, plus de 1 700 l’ont été dans le premier foyer épizootique couvrant la Haute-Savoie, la Savoie et l’Ain.
La reconstruction s’organise à l’échelle de toute la filière fromagère alpine. Près des deux tiers des 500 à 600 vaches nécessaires ont déjà été identifiées et acheminées vers les fermes. État, établissements financiers, coopératives et organisations professionnelles se sont mobilisés pour soutenir les éleveurs. L’association des fromages traditionnels des Alpes a notamment constitué une cagnotte substantielle.
Nicolas Prud’homme attend encore le règlement complet des indemnités, n’ayant perçu pour l’instant qu’un tiers des montants promis. L’acquisition d’une vache représentant un investissement moyen de 2 400 à 2 500 euros, la reconstruction complète des exploitations demandera environ cinq ans selon ses estimations. Les agriculteurs suivent également avec attention l’enquête sur l’origine de la contamination, consciente que sans identification claire des causes, le risque de récidive demeure entier.

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