Monde
Au Cachemire, l’enfer des civils pris entre deux feux

Des familles entières luttent pour survivre après les échanges d’artillerie entre l’Inde et le Pakistan, laissant derrière elles maisons détruites et vies brisées.
Dans le village de Salamabad, près de la ligne de contrôle disputée du Cachemire, les habitants vivent dans la peur constante des bombardements. Mohammad Naseem, un cuisinier de 34 ans, avait fait construire un abri souterrain sous sa maison, une précaution que ses voisins trouvaient excessive. Pourtant, lorsque les obus pakistanais ont commencé à pleuvoir, ce bunker de fortune a sauvé 38 personnes. « Sans cet abri, beaucoup d’entre nous ne seraient plus là », confie-t-il, contemplant les décombres de son foyer.
Les violents échanges d’artillerie entre les deux armées ont transformé cette région en zone de guerre. Après une attaque attribuée à des groupes jihadistes, l’Inde a lancé des frappes sur le territoire pakistanais, déclenchant une riposte immédiate. Les villages frontaliers, comme Salamabad, ont payé le prix fort. Les habitants, pris de panique, ont fui en catastrophe, cherchant refuge derrière des murs de pierre ou dans les collines environnantes. « Nous courions avec nos enfants entre les explosions, sans savoir où aller », raconte Naseer Ahmed Khan, un quinquagénaire dont la famille est désormais hantée par le traumatisme.
Les dégâts matériels sont considérables. Des dizaines de maisons ont été réduites en cendres, forçant des milliers de personnes à quitter leurs terres. Rubina Begum, une mère de famille, erre devant les ruines de sa demeure. « Nous n’avons plus rien, juste les vêtements que nous portions », murmure-t-elle. Comme beaucoup d’autres, elle réclame une relocalisation dans une zone plus sûre, loin des combats.
Certains tentent de se reconstruire dans des abris de fortune, mais la vie quotidienne est devenue un défi. Les commerces sont fermés, les emplois rares, et l’angoisse permanente. « Comment nourrir sa famille quand tout est détruit ? », s’interroge Mohammad Lateef Bhat, un ouvrier désormais sans travail.
Plus haut dans les montagnes, Badal, un étudiant, montre le cratère laissé par un obus près de sa maison, heureusement épargnée lors des festivités d’un mariage. « Nous sommes une cible facile, mais personne ne nous protège », déplore-t-il.
L’escalade des tensions a ravivé les vieilles rancœurs. Certains, comme Farooq Ahmed Khan, chauffeur de bus, en ont assez de cette situation intenable. « Une guerre pour régler cette question une fois pour toutes ? Peut-être », lâche-t-il, amer. En attendant, les civils continuent de payer le prix d’un conflit qui n’en finit pas.

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